Le mix énergétique gabonais change de visage. Karpowership, groupe turc, y joue un rôle central depuis 2024. Mais derrière les mégawatts livrés, la facture grimpe vite. La SEEG, déjà fragile, porte un poids financier lourd. Cette évolution mérite d’être chiffrée, sans filtre. Car au-delà de la technique, c’est bien l’économie gabonaise qui absorbe le choc. Les autorités misent sur ce partenariat pour stabiliser le Grand Libreville. Toutefois, le prix de cette stabilité alimente les débats publics.
Par le journaliste Roland Olouba Oyabi
Dès septembre 2024, un premier contrat fournit 150 MW à Libreville. Cet accord coûte alors 15 milliards de FCFA par mois. Jugé trop lourd, il est renégocié. En février 2025, un nouveau protocole ramène la puissance à 70 MW. La facture tombe à 1,8 milliard de FCFA mensuels, hors carburant. Ensuite, dès septembre 2025, la capacité remonte à 150 MW. Le gaz naturel local remplace le fioul lourd. Ce choix vise à réduire les coûts d’exploitation sur la durée. Par conséquent, l’équation financière reste délicate à long terme. En effet, le gaz coûte moins cher, mais les volumes livrés augmentent aussi. Ainsi, la facture globale ne baisse pas forcément pour l’État.
Une dette qui pèse sur la SEEG
Malgré cette renégociation, les tensions persistent. En mars 2026, Karpowership réclame 15 milliards de FCFA en urgence. Faute de paiement, l’entreprise menace de couper le courant. L’État verse alors 7 milliards de FCFA pour éviter le black-out. Peu après, la SEEG règle 30 milliards de FCFA supplémentaires. Or, son endettement global atteint 150 milliards de FCFA, soit 229 millions d’euros. Ce chiffre illustre l’ampleur du déséquilibre financier de l’opérateur public. Désormais, la SEEG doit emprunter pour rembourser l’État à son tour. Ce montage complexe inquiète les observateurs économiques du pays. En parallèle, un réseau vieillissant et sous-investi aggrave encore la situation.
Quel impact sur le portefeuille des Gabonais
Pour les ménages, l’enjeu est concret. Une alimentation stable réduit les délestages, souvent source de colère sociale. Toutefois, ces coûts colossaux du mix énergétique interrogent sur l’avenir des tarifs. Une hausse des factures Edan reste redoutée. Par ailleurs, aucune communication officielle claire n’a encore détaillé le montant exact du contrat. Cette opacité alimente la méfiance des consommateurs. De plus, le parlement gabonais réclame désormais un droit de regard sur ce dossier sensible. Ainsi, chaque coupure évitée compte pour les commerces et les familles. Néanmoins, chaque franc versé à Karpowership pèse aussi sur le budget national. Ce double effet illustre le dilemme central de la réforme énergétique.
Un pari énergétique sous surveillance
En somme, Karpowership a bel et bien renforcé le réseau du Grand Libreville via le mix énergétique . Néanmoins, ce soutien technique a un prix élevé pour les finances publiques. Ainsi, la SEEG doit désormais restructurer sa dette et certifier ses comptes. Ce travail couvre les exercices 2019 à 2025. Enfin, le président Oligui Nguema supervise personnellement ce dossier. Son objectif reste clair : mettre fin durablement aux coupures d’électricité, sans creuser davantage la dette publique. Par ailleurs, la transparence sur les futurs contrats devient une exigence citoyenne forte. De ce fait, chaque nouvelle négociation sera scrutée de près par l’opinion. En définitive, le Gabon devra concilier fiabilité électrique et santé financière durable. C’est à ce prix que le bien-être des Gabonais progressera réellement.









