Qui contrôle réellement le marché bancaire gabonais aujourd’hui ? À fin juin 2026, BGFI Bank et AFG Bank cumulaient 3 398,6 milliards de FCFA de dépôts. Ce montant représente 68,1 % des près de 4 990 milliards collectés au total. Ainsi, huit établissements se partagent officiellement ce marché national concentré. L’Association professionnelle des établissements de crédit du Gabon recense précisément huit banques agréées sur le territoire. Sur les crédits, les deux leaders cumulaient 3 277,3 milliards de FCFA, soit 68,75 % du total. Ce duopole bancaire structure donc l’essentiel du financement de l’économie gabonaise.
Le journaliste Roland Olouba Oyabi
BGFI Bank conserve néanmoins sa première place, comme un roi solidement installé. La filiale gabonaise détenait 35,58 % des ressources, contre 32,52 % pour AFG Bank. Son avance devient plus nette dans les financements aux entreprises. Sa part de marché atteint 40,65 %, loin devant les 28,10 % d’AFG Bank. Avec 1 937,9 milliards de FCFA de crédits, BGFI pèse presque autant que ses six concurrents réunis. Cette force repose largement sur son portefeuille auprès des entreprises. BGFI concentre 841,3 milliards de FCFA de créances sur les sociétés locales. Elle domine aussi les crédits à moyen terme, avec 71 % du segment. Elle détient également la plus grande base de dépôts d’entreprises du pays, à 600,4 milliards de FCFA.
AFG Bank, un concurrent de poids sur les dépôts
Toutefois, AFG Bank s’impose comme un rival particulièrement redoutable. L’ex-BICIG détient 1 622,9 milliards de FCFA de dépôts collectés. Seuls 152,8 milliards séparent désormais les deux géants du secteur. Par ailleurs, AFG domine largement le marché des dépôts à terme. Sa part atteint 47,96 %, contre 43,96 % seulement pour BGFI. AFG Bank reste également première par le nombre de comptes ouverts. Elle compte 206 947 clients, soit 27,1 % du total national. En comparaison, BGFI ne recense que 94 665 comptes actifs. Cet écart illustre un paradoxe frappant entre volume financier et clientèle populaire réelle.
Un marché à deux vitesses derrière les leaders
Derrière ce duo, l’Union gabonaise de banque occupe une troisième place stable. Cette filiale du marocain Attijariwafa détient 9,84 % des dépôts nationaux. Elle se distingue par son réseau d’épargne populaire élargi. Le reste du marché demeure nettement fragmenté et dispersé. Ecobank détient 6,11 % des dépôts, devant Orabank et Citibank. UBA Gabon ferme cette marche avec seulement 4,64 % des dépôts. La banque publique BCEG reste marginale, freinée par sa jeunesse institutionnelle.
151 milliards de bénéfices concentrés en haut du classement
Cette domination se confirme également dans les résultats financiers annuels. En 2025, BGFI Bank a dégagé 67,4 milliards de FCFA de bénéfices. AFG Bank suit avec 31,3 milliards de FCFA de résultat net. Ensemble, ces deux banques captent 65 % des 151,1 milliards cumulés. Ecobank arrive loin derrière, avec seulement 16,1 milliards de bénéfices. Orabank et la BCEG terminent l’exercice dans le rouge.
Quel impact réel pour les populations gabonaises ?
Or, cette concentration bancaire n’est jamais neutre pour les citoyens. Un marché dominé par deux acteurs limite la concurrence tarifaire. Les petites entreprises risquent ainsi un accès au crédit plus restreint. De plus, cette centralisation fragilise les banques de taille modeste. Certaines peinent déjà à atteindre une rentabilité durable et solide. Pourtant, un secteur plus concurrentiel profiterait aux ménages et entrepreneurs. Des taux plus compétitifs stimuleraient enfin l’investissement productif national. Cette photographie du marché interroge la diversité bancaire gabonaise. Les autorités devront préserver un équilibre concurrentiel durable.









