L’ancien Premier ministre gabonais Alain-Claude Bilie-By-Nze a été interpellé le mercredi 15 avril 2026 à Libreville, sans convocation préalable ni plainte enregistrée au tribunal. Placé en garde à vue à la Direction des recherches (DGR), il est visé par une créance de 5 millions de francs CFA remontant à 2008. Une arrestation que ses proches dénoncent comme une manœuvre politique déguisée en litige financier.
Par le journaliste Roland Olouba Oyabi
Il avait prédit son arrestation — elle a eu lieu
Depuis plusieurs semaines, Alain-Claude Bilie-By-Nze alertait publiquement sur les pressions qu’il subissait en raison de ses positions d’opposant déclaré au régime en place. Sur des plateaux de télévisions internationales, il avait affirmé faire l’objet de menaces répétées liées à son engagement politique.
Le mercredi 15 avril 2026, ses craintes se sont matérialisées. Aux alentours de 18 heures, des agents du B2 l’ont cueilli à la sortie de son domicile à Libreville. Aucune convocation ne lui avait été remise, aucune plainte formelle n’avait été déposée devant une juridiction compétente. L’ancien chef du gouvernement a passé la nuit dans les locaux de ce service de renseignement militaire.
Une créance de 5 millions FCFA ressurgit après dix-huit ans de silence
Le motif invoqué renvoie à la 9ᵉ édition de la Fête des cultures, organisée en 2008. À cette époque, Bilie-By-Nze cumulait la présidence du comité d’organisation de cet événement avec ses fonctions de ministre délégué aux Transports et à l’Aviation civile.
Une prestataire identifiée par ses initiales B.R. affirme n’avoir jamais reçu le règlement d’une prestation réalisée dans ce cadre. Le montant réclamé s’élève à 5 millions de francs CFA. Une somme modeste au regard du profil des personnes impliquées, mais suffisante, semble-t-il, pour justifier une interpellation musclée près de deux décennies après les faits.
Ses proches pointent la responsabilité du Trésor public, pas celle de l’homme
Dans l’entourage de l’ancien Premier ministre, la version des faits est radicalement différente. L’événement était placé sous la tutelle du ministère de la Culture, via un Bureau national constitué à l’initiative de Paul Mba Abessole, alors vice-Premier ministre. La maîtrise d’ouvrage relevait donc de l’État, et le paiement des prestataires incombait au Trésor public.
« Le donneur d’ordre était le gouvernement. C’est le Trésor public qui traînait à payer. Lui, en tant que président du comité, il a simplement signé », explique un proche. Une distinction essentielle entre responsabilité organique et responsabilité personnelle, que ses défenseurs entendent faire valoir.
Une procédure qui contourne les voies judiciaires ordinaires
C’est précisément la méthode employée qui concentre les critiques les plus vives. Pour un litige relevant, a priori, du droit civil, le recours au B2, service de renseignement militaire, constitue une anomalie procédurale majeure.
Pourquoi la plaignante n’a-t-elle pas saisi un tribunal au cours des dix-huit dernières années ? Pourquoi aucune convocation n’a-t-elle été adressée à l’ancien Premier ministre avant son arrestation ? Pourquoi mobiliser des agents du renseignement militaire plutôt que d’orienter le dossier vers le commissariat ou le parquet ? Ces questions restent sans réponse officielle à ce stade.
Le calendrier de l’arrestation au cœur des soupçons
Dans l’entourage de Bilie-By-Nze, personne ne croit à la coïncidence. L’arrestation survient quelques semaines à peine après ses dernières sorties médiatiques tonitruantes, dans lesquelles il dénonçait une tentative de le réduire au silence.
Pour ses proches, ce dossier vieux de dix-huit ans constitue un prétexte commode pour neutraliser une voix dissidente à un moment politiquement sensible pour le régime. Cette lecture n’est pas formellement établie, mais elle structure profondément la perception de l’opinion publique gabonaise et de la diaspora.
À ce jour, aucune communication officielle n’a précisé les suites judiciaires envisagées. Le silence des autorités contribue à entretenir un climat de suspicion autour d’une affaire qui dépasse largement le simple cadre d’un litige financier.











