Un an après sa création, Maisons Canada compte 2000 logements en chantier. Pourtant, le pays doit en bâtir entre 430 000 et 480 000 par an. Face à la crise de l’habitation, la société d’État peine encore à changer la donne.
Après un an d’existence, Maisons Canada compte 2000 logements en chantier. La société d’État peine donc à freiner la crise de l’habitation. Pourtant, l’urgence ne faiblit pas. Le défi paraît immense. En effet, la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) lance un avertissement clair. Selon elle, le pays doit doubler sa production nationale pendant 10 ans. Seul cet effort permettra de rétablir durablement l’abordabilité.
D’après Kevin Fettig, président de Canadian Mortgage Inc., un logement coûte normalement trois ou quatre fois le revenu annuel. Or, ce repère ne tient plus. Aujourd’hui, ce ratio grimpe jusqu’à 15 fois dans certains segments du marché. Ainsi, cet écart illustre la pénurie de logements. Par ailleurs, la SCHL observe une tendance au ralentissement des chantiers au pays. Autrement dit, la situation risque de s’aggraver.
Ottawa reconnaît 40 ans de sous-investissement
« Cela fait probablement 40 ans que nous n’investissons pas suffisamment dans le logement abordable au niveau fédéral. » Ce constat sonne comme un aveu rare. Ainsi s’exprime Gregor Robertson, ministre du Logement et de l’Infrastructure. Il pointe également un manque historique et profond de leadership gouvernemental. « Nous sommes en train de changer cela », assure-t-il fermement. Désormais, Ottawa veut clairement reprendre la main sur ce dossier crucial.
À ce jour, Maisons Canada s’engage à bâtir plus de 19 000 logements dans le cadre de 19 partenariats. Parmi eux, plus de 2000 sont actuellement en chantier. Le chemin reste pourtant long. Toutefois, la SCHL juge ces efforts insuffisants. Selon elle, le pays devrait construire entre 430 000 et 480 000 logements par an jusqu’en 2035. Cet objectif vise à rétablir l’abordabilité de 2019.
L’opposition dénonce une construction trop lente
« On devrait doubler la production de logements annuels pendant 10 ans », insiste Mathieu Laberge. Selon l’économiste en chef de l’habitation à la SCHL, cet effort permettrait de retrouver l’abordabilité de 2019. Face à ce constat, l’opposition émet des réserves. « On marche très lentement avec la construction de nouveaux logements », déplore Avi Lewis. Le chef du Nouveau Parti démocrate (NPD) tranche : « L’approche actuelle ne fonctionne pas. »
De son côté, le Parti conservateur dénonce la baisse des mises en chantier. Celles-ci ont brutalement chuté de 31 % à Toronto. Elles reculent de 13 % dans les autres grandes villes ontariennes. En réaction, Joshua Coke, porte-parole de Maisons Canada, répond par courriel. Selon lui, l’agence a d’abord préparé la réussite à long terme de ses grands projets. « Il ne s’agit là que d’un début », affirme-t-il.
Les permis de construction, un frein majeur
Christina Haddad, ancienne vice-présidente du marketing à la SCHL, pointe un obstacle précis. Selon elle, le processus d’obtention des permis de construction freine Maisons Canada. En effet, ce processus exige notamment des études d’impact communautaires et architecturales. « Si l’on veut construire même une petite maison, on a besoin de passer à travers le gouvernement », ajoute-t-elle. Les délais s’allongent donc. Chaque étape administrative coûte du temps.
D’ailleurs, l’obtention des permis engendre des coûts supplémentaires. Ceux-ci s’ajoutent aux millions, voire aux milliards de dollars déjà requis pour construire ces logements, souligne l’experte. Le fardeau s’alourdit alors. Pour sa part, Maisons Canada évoque aussi le manque de fonds et de terrains prêts au développement. Néanmoins, l’agence mise sur ses partenariats provinciaux et municipaux. Elle veut ainsi réduire les coûts et accélérer le processus.
Horizon 2030 : une course contre la montre
Pour Mathieu Laberge, le temps presse. L’économiste en chef de l’habitation à la SCHL lance un appel clair. Selon lui, il faut absolument démarrer les chantiers dès aujourd’hui. Sinon, en 2028, 2029 ou 2030, le pays ne pourra pas répondre à une demande en forte hausse. Par conséquent, chaque année de retard pèse très lourd. En outre, les besoins continueront de croître avec la population.
De son côté, Kevin Fettig fait preuve d’optimisme. Selon lui, il faudra entre cinq et sept ans pour résorber le déficit de logements abordables. Il reste confiant. « On s’en sort certainement beaucoup mieux qu’avant », affirme-t-il volontiers. Pourtant, il pose aussi un diagnostic sévère sur le passé. À ses yeux, les problèmes de déficit budgétaire ont poussé le gouvernement à se retirer du secteur du logement.
L’Alberta, 1460 logements abordables en perspective
Au début du mois, l’agence a annoncé un partenariat avec l’Alberta pour construire 1460 logements abordables dans la province. Cette entente marque une étape importante pour la société d’État. Parmi ces logements figurent 160 logements locatifs à revenus mixtes. Sur ce total, 112 visent spécifiquement les ménages à faibles revenus. Concrètement, l’agence mise surtout sur des méthodes de construction modernes et sur des ressources canadiennes.
Mathieu Laberge espère vivement que cette approche stimulera la demande pour les matériaux locaux. Ainsi, elle générerait d’importantes économies d’échelle. Par ailleurs, l’économiste souligne l’importance cruciale des logements abordables pour les années à venir. D’abord, les immigrants en ont besoin, car ils se retrouvent souvent contraints à la colocation. Ensuite, de nombreux jeunes restent encore bloqués chez leurs parents faute de moyens pour se loger.









