La cybersécurité au Québec peine à s’imposer dans la campagne électorale. Pourtant, les enjeux touchent directement citoyens, administration publique et entreprises. Trois experts ont partagé leur analyse des priorités actuelles. Ensuite, nous avons sollicité les cinq partis principaux pour préciser leurs engagements.
Seules la Coalition avenir Québec et Québec solidaire ont accepté une entrevue. Le Parti libéral du Québec promet de dévoiler ses engagements prochainement. En revanche, le Parti québécois et le Parti conservateur restent silencieux. Ainsi, leurs positions proviennent uniquement de leurs plateformes officielles.
La souveraineté numérique, priorité montante face aux États-Unis
La souveraineté numérique s’impose désormais comme une priorité incontournable au Québec. Depuis l’arrivée de l’administration Trump, la dépendance technologique envers les États-Unis inquiète. Selon Marc Frappier, directeur scientifique du Pôle d’expertises en cybersécurité de l’Université de Sherbrooke, cette dépendance inquiète particulièrement. Il affirme : « le contrôle de nos ressources informationnelles par Amazon, Google, Microsoft et compagnie, c’est extrêmement critique ».
Les entreprises américaines restent soumises au CLOUD Act, une loi contraignante. Cette loi peut forcer la communication de données aux autorités américaines. Toutefois, Marc Frappier juge que rapatrier ces ressources représente un défi majeur. Notamment, l’expertise nécessaire manque encore cruellement au Québec.
Cinq partis, cinq approches pour reprendre le contrôle des données
La CAQ , pour la Cybersécurité au Québec, propose d’héberger localement les données sensibles via le Nuage gouvernemental. QS se dit « aligné avec le gouvernement de la CAQ » sur cet enjeu. Le PLQ veut bâtir une expertise numérique interne et réduire sa dépendance externe.
Le PQ, par la voix de Pascal Paradis, mise sur les entreprises québécoises pour protéger les données. Le PCQ défend la maîtrise complète des données et des systèmes critiques. Ainsi, chaque parti affiche une ambition similaire, avec des méthodes différentes.
Protéger les données des Québécois à l’ère de l’IA
L’intelligence artificielle transforme rapidement la fonction publique, avec ses propres risques. Selon Sébastien Gambs, professeur d’informatique à l’UQAM, la formation demeure essentielle. Il précise : « il est très important de pouvoir former tous les fonctionnaires sur ce type d’enjeu là ». Il alerte sur le phénomène préoccupant du Shadow AI.
La CAQ a déjà établi un cadre pour une utilisation responsable de l’IA. QS s’oppose fermement à toute IA générative dans le dossier de santé numérique. Le PLQ confierait cette responsabilité au futur ministère de la Cybersécurité. Le PQ veut créer un comité d’experts dédié.
La cybercriminalité, un angle mort persistant de la campagne
Le cybercrime touche durement la population, mais reste largement sous-estimé politiquement. Selon Benoît Dupont, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en cyberrésilience, l’ampleur demeure considérable. Il rappelle : « le cybercrime représente 50 % des crimes visant les Québécois ». Pourtant, les autorités n’en ont jamais fait une priorité claire.
L’expert déplore ce manque criant de services adaptés. « On n’a pas développé l’offre de services auxquels, je crois, tout citoyen devrait avoir le droit », déplore-t-il. Il souhaite un investissement provincial plus fort. QS propose un service inspiré du modèle néo-zélandais Netsafe.
L’unique engagement chiffré de la campagne (45 mots)
La CAQ prévoit d’investir 14 millions de dollars sur quatre ans. Cet investissement financera deux pôles d’expertise technologique, situés à Montréal et à Québec. Une équipe policière spécialisée renforcera aussi la lutte contre la cybercriminalité. Les autres partis ne présentent toujours aucun engagement chiffré aujourd’hui.









