Mardi, à la sortie du Conseil des ministres, Mark Carney a perdu patience. Il rejette l’accusation de museler son homologue québécois. Selon lui, Paul St-Pierre Plamondon a refusé une invitation à dîner. Par ailleurs, il évoque trois consultations déjà tenues avec la délégation du Québec. Pourtant, le premier ministre québécois n’a toujours pas confirmé sa présence au sommet. Ainsi, la chaise vide devient un symbole. Le ton monte donc d’un cran en quelques heures.
Cette querelle éclate à peine une semaine après l’assermentation du nouveau Conseil des ministres. De plus, Québec boycotte déjà la rencontre de lundi avec les chefs autochtones. Simon-Pierre Savard-Tremblay y voit un choix assumé et réfléchi. Dès lors, Ottawa y lit une stratégie d’absence. Cependant, le gouvernement québécois y voit une question de principe. Le nouveau pouvoir assume cette ligne dure dès son arrivée.
La doctrine Gérin-Lajoie en toile de fond
Le chef péquiste invoque l’héritage de la Révolution tranquille. La doctrine Gérin-Lajoie prône une action internationale du Québec dans ses champs de compétence. En effet, l’accord touche des domaines économiques provinciaux. Il dénonce donc une rupture complète avec cette tradition. De surcroît, il compare la situation au film Le Temps des bouffons, de Pierre Falardeau. Les Québécois y deviennent des porteurs d’eau. Le Québec réclame ainsi sa place dans toute négociation touchant ses compétences.
Pour illustrer son malaise, Paul St-Pierre Plamondon cite les crevettes cocktail. Selon lui, servir une réception ne vaut pas une vraie influence. Il retourne aussi contre Mark Carney la formule de Davos. Qui n’est pas à la table finit au menu. Ainsi, il juge l’enjeu non négociable. Ottawa répond que la parole au sommet créerait un précédent. Cette image ironique résume la frustration du camp souverainiste.
Un précédent et des alliés inattendus
Dans l’entourage de Mark Carney, on rappelle un fait précis. Ni Danielle Smith ni Doug Ford n’ont pris la parole à l’ouverture de leurs sommets respectifs. En outre, Ottawa proposait d’accueillir les dignitaires sur le tarmac. Néanmoins, Québec jugeait l’offre symbolique. Yves-François Blanchet promet quant à lui un tir croisé contre le premier ministre. Il juge le geste vulgaire. Le sommet devient ainsi un test politique pour le premier ministre.
Les oppositions québécoises se rejoignent sur le principe. Charles Milliard estime que bouder n’est pas une option. De son côté, Éric Duhaime condamne la politique de la chaise vide. Quant à Ruba Ghazal, elle réclame une seule voix. Par ailleurs, Donald Trump félicite le chef péquiste sur Truth Social. Cette pique ajoute une couche de tension. Enfin, Pierre Poilievre profite du moment pour critiquer le gouvernement. Le dossier unit donc des adversaires habituels.
Un sommet sous haute tension
Finalement, le sommet s’ouvre jeudi à Montréal sous haute tension. Paul St-Pierre Plamondon doit encore trancher entre présence et boycottage. Si Mark Carney maintient son refus, la chaise vide marquera durablement les relations entre Québec et Ottawa. Les deux capitales joueront gros pendant des mois.









