Le ciel s’assombrit vite sur les forêts gabonaises. Rougier annonce, le 30 octobre 2026, un chiffre d’affaires en chute de 20,3 % au premier semestre. Ce recul ressemble à une tempête soudaine et brutale. Pourtant, les nuages s’accumulaient lentement depuis la fin 2025. En effet, des interruptions administratives avaient déjà freiné la machine. Ensuite, l’arrêt temporaire d’un chantier, au printemps, a aggravé l’orage.
À l’échelle du groupe, le chiffre d’affaires consolidé atteint désormais 35 millions d’euros. Il s’élevait à 38,7 millions d’euros un an plus tôt. Cela représente donc une baisse de 9,6 % sur douze mois. Par contraste, le Congo brille comme une lanterne dans la nuit, avec une belle hausse de 21,2 %. Ainsi, le Gabon porte presque seul le poids du ralentissement semestriel.
Des marges qui défient la baisse des ventes
Paradoxe saisissant : les ventes reculent, mais la rentabilité s’envole. L’EBITDA semestriel atteint 3,6 millions d’euros. Ainsi, il pèse 10,2 % du chiffre d’affaires. En revanche, l’exercice 2025 affichait seulement 2,6 %. Rougier explique cette embellie par la préservation des marges, la baisse des charges externes et une organisation plus agile. Néanmoins, le résultat net part du groupe reste négatif, à 1,2 million d’euros.
La prudence guide aussi le cap financier. À fin juin, l’endettement net s’établit à 15,5 millions d’euros. Il reste quasiment stable par rapport à décembre 2025. Rougier serre donc la vis sur les coûts, tout en ménageant ses investissements. Par ailleurs, le groupe veut adapter ses capacités forestières et industrielles sans fragiliser ses équilibres. Cette rigueur ressemble à un funambule sur un fil.
Le second semestre, véritable test de vérité
Le second semestre ressemble à un véritable examen de rattrapage. Le chantier suspendu au deuxième trimestre a enfin repris son activité. Dès lors, la normalisation des opérations forestières et industrielles devient la priorité numéro un. Rougier compte retrouver des volumes solides, puis des marges de progression. Toutefois, la demande internationale et les prix restent moins porteurs, ce qui freine l’élan. Rien n’est joué.
Le groupe poursuit sa maîtrise des coûts, véritable boussole de cette traversée. Pendant ce temps, le Congo offre un précieux relais de croissance à l’entreprise. Autrement dit, Rougier ne mise pas tout sur une seule carte forestière. Cette diversification agit comme un filet de sécurité sous le trapéziste gabonais. Enfin, la dynamique congolaise pourrait compenser une partie des aléas rencontrés au Gabon.
Traçabilité : l’atout vert de Rougier
Au-delà de la conjoncture, Rougier cultive un tout autre horizon stratégique. Le groupe exploite des forêts naturelles de manière responsable et certifiée. Il transforme et commercialise aussi des bois tropicaux africains à l’export. Ces choix comptent beaucoup dans la bataille commerciale actuelle. En effet, les acheteurs internationaux réclament davantage de traçabilité et de durabilité. Cette exigence devient un passeport pour les marchés exigeants.
Rougier mise donc sur cet atout pour rebondir. Le groupe cible le Gabon et le Congo, deux territoires clés de son modèle. Si les opérations se normalisent vraiment, la reprise peut s’accélérer au second semestre. À l’inverse, de nouveaux incidents retarderaient nettement la remontée. Les prochains mois diront si la forêt rend à Rougier ce que la tempête lui a pris. L’enjeu est considérable.
En bref : un rebond sous surveillance
Rougier perd 20,3 % de chiffre d’affaires au Gabon, mais améliore sa rentabilité. Le groupe maintient son endettement, mise sur le Congo et défend sa certification forestière. Finalement, le second semestre dira si cette stratégie prudente transforme l’orage en éclaircie durable pour la forêt gabonaise.







