Le dossier du port en eau profonde de Limbé reprend vie. Une délégation suisse vient justement d’être reçue à Yaoundé. Cette rencontre relance sérieusement un projet vieux de quinze longues années.
Par le journaliste Roland Olouba Oyabi
D’abord, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a reçu Terminal Investment Limited. Cette société suisse développe des terminaux à conteneurs dans le monde entier. Elle demeure étroitement liée à l’armateur MSC. Selon David El-Bez, directeur régional de TIL, aucun accord n’a été signé. Néanmoins, ces discussions exploratoires traduisent une réelle inflexion politique. Ainsi, Yaoundé semble vouloir dépasser la phase des simples études. Concrètement, le gouvernement souhaite désormais structurer techniquement et financièrement ce dossier. Cette évolution rassure vivement plusieurs observateurs suivant attentivement ce dossier stratégique depuis longtemps.
Quinze ans de relances inabouties
Depuis 2019, le projet a connu plusieurs faux départs successifs. En effet, la pandémie avait interrompu l’étude de faisabilité en 2020. Cette étude n’a finalement été achevée qu’en 2022. Le 18 juin dernier, plusieurs administrations ont examiné les modalités opérationnelles. Par ailleurs, des investisseurs américains et turcs avaient déjà manifesté leur intérêt. En parallèle, plusieurs bailleurs internationaux surveillent attentivement et de près l’évolution récente de ce dossier stratégique majeur. Notamment, la société turque Yenigün espérait un montage de type BOT. Toutefois, cette piste turque semble aujourd’hui reportée indéfiniment. Ainsi, l’arrivée de TIL rebat sérieusement les cartes du dossier.
L’atout MSC face à la concurrence régionale
De plus, TIL met en avant son expérience et les standards MSC. Or, l’accès aux grandes routes maritimes mondiales reste déterminant. Cet adossement pourrait garantir des volumes suffisants dès l’ouverture au port de Limbé. Déjà présents à Douala, Kribi et via Camrail, TIL et MSC connaissent bien le pays. Cette implantation facilite l’évaluation des flux commerciaux potentiels. Cependant, l’État doit encore clarifier la répartition des risques financiers. De même, les garanties publiques éventuelles restent également à préciser clairement.
Un enjeu stratégique face au Nigeria
Enfin, Limbé deviendrait la troisième grande plateforme portuaire nationale. Sa proximité avec le Nigeria constitue un atout géographique majeur. Ainsi, l’infrastructure pourrait ouvrir l’accès aux marchés ouest-africains voisins. Elle compléterait également Douala et Kribi, chacun limité par ses propres contraintes techniques. Ce projet coûterait plus de 400 milliards de FCFA. Par conséquent, un partenariat public-privé semble aujourd’hui presque incontournable. Pour conclure, Yaoundé devra désormais choisir un partenaire et fixer un calendrier ferme. À terme, la réussite du projet dépendra également d’un financement solide, durable et parfaitement sécurisé.









