Le compte à rebours a commencé pour Hydro-Québec. Dès 2029, le réseau pourrait manquer d’électricité. Pourtant, la société d’État reste le géant tranquille du Nord. Mais la demande galope, et la marge de manœuvre fond comme neige au soleil. Ainsi, le scénario n’a rien d’une fiction lointaine. Désormais, les ingénieurs savent que chaque année compte. En effet, l’électrification avance plus vite que prévu.
D’ici 2041, les besoins grimperont de 60 TWh pour atteindre 240 TWh. Cela équivaut à la consommation annuelle de trois millions de foyers. De plus, la puissance appelée bondira de 12 000 MW, pour culminer à 52 000 MW. Ainsi, en février 2023, la pointe record de 43 000 MW a frôlé la catastrophe. Par comparaison, la marche à franchir paraît vertigineuse.
Un chantier à 200 milliards de dollars
Pour répondre à cet appétit, Hydro-Québec sort le grand jeu. Une enveloppe de 200 milliards de dollars financera les projets d’ici 2035. Par conséquent, chaque chantier devra tenir ses promesses. Le calendrier ne pardonnera aucun retard. En effet, produire plus demande du temps, de l’argent et de la rigueur. Voilà le prix d’une transition de grande ampleur. Cependant, aucun scénario ne tolère l’improvisation.
Le menu comprend plus de puissance pour certaines centrales hydroélectriques. S’y ajoutent l’entente-cadre de Churchill Falls et de nouveaux parcs éoliens et solaires. Selon Dave Rhéaume, une demande historique exige une offre historique. En outre, les deux courbes doivent avancer main dans la main. Entre-temps, de légers déficits surgiront pendant la montée en puissance. Pour les combler, la société comptera sur des importations.
Les gros clients passent à la caisse
Les centres de données frappent toujours à la porte. Pourtant, Québec ne cherche plus à les courtiser. Hydro-Québec veut même doubler leurs tarifs, sans que l’intérêt faiblisse. D’ailleurs, transports (+22 TWh), industrie (+31 TWh) et bâtiments (+5 TWh) portent la hausse. Les serres et les chaînes de blocs ajoutent aussi leur part. Néanmoins, M. Rhéaume juge leur présence nécessaire, dans une certaine mesure.
En parallèle, l’efficacité énergétique pourrait bientôt économiser 21 TWh et réduire la puissance de 3500 MW d’ici 2035. Les thermopompes, moins gourmandes, aideront aussi à freiner la demande. Enfin, les grands consommateurs résidentiels paieront davantage pour préserver la compétitivité du Québec. Autrement dit, mieux consommer libère de l’espace pour répondre aux nouveaux besoins. Bref, la sobriété devient une véritable source d’énergie à part entière.
Imports, prudence et atome
Les importations serviront de simple béquille temporaire. Les provinces voisines et les États-Unis affichent parfois des surplus à bas prix. Hydro-Québec compte ainsi traverser les années de faible hydraulicité, car ses réservoirs restent historiquement bas. Toutefois, la société martèle que cette solution ne durera pas. Du reste, ces achats ponctuels comblent seulement des trous de courte durée. Ainsi, le réseau gagne un souffle précieux.
Quant au nucléaire, Dave Rhéaume refuse net de jouer les premiers de classe. Le Canada n’a bâti aucune nouvelle centrale depuis les années 1990. Hydro-Québec préfère donc observer les coûts et les résultats des autres, malgré l’élan du gouvernement Carney. En effet, les projets de nouvelle génération n’en sont qu’à leurs débuts. Selon lui, mieux vaut apprendre des erreurs d’autrui que trébucher soi-même.
Un pari d’équilibre pour garder la lumière
Hydro-Québec joue gros. Entre sobriété, importations et nouveaux chantiers, la société d’État doit éviter le déficit annoncé. Pourtant, rien n’est joué. Le défi reste immense, mais surmontable. Si les investissements suivent le rythme de la demande, le Québec gardera la lumière allumée en 2029.






