Ousmane Sonko a réalisé l’un des retours politiques les plus spectaculaires de l’histoire sénégalaise contemporaine. Limogé par le président Bassirou Diomaye Faye le 22 mai 2026, il rebondit immédiatement. Quatre jours plus tard, il est élu à la tête de l’Assemblée nationale à Dakar. Ainsi, l’ancien Premier ministre devient la deuxième personnalité constitutionnelle de l’État sénégalais. Il remplace El Malick Ndiaye, démissionnaire depuis dimanche 24 mai. Ce retour fulgurant redessine profondément les équilibres du pouvoir au sommet de l’État.
En effet, Sonko a été largement plébiscité par la majorité parlementaire de son parti le Pastef. Le parti détient 130 des 165 sièges de l’Assemblée nationale sénégalaise. Son élection s’est tenue malgré le boycott bruyant des députés de l’opposition. Cependant, cette opposition dénonce ouvertement « un coup d’État constitutionnel » en préparation. Aïssata Tall Sall, cheffe des députés de la principale coalition d’opposition, a vivement condamné ce « forcing ». La légalité de la réintégration de Sonko comme député reste contestée sur le plan juridique.
Leviers de contre-pouvoirs : Sonko fixe les règles de son nouveau mandat parlementaire
Par ailleurs, Ousmane Sonko a pris longuement la parole après son installation au perchoir. Son discours inaugural a surpris par sa clarté et sa fermeté institutionnelle assumée. « Je n’utiliserai pas cette responsabilité pour organiser le chaos institutionnel », a-t-il déclaré en wolof. De plus, il a promis solennellement qu’aucun député Pastef n’utiliserait l’Assemblée pour une vendetta personnelle. Mais il a immédiatement posé ses conditions à l’exécutif avec une formule sans ambiguïté. « L’Assemblée nationale ne sera pas une chambre d’enregistrement. Elle usera de manière responsable de tous les leviers de contre-pouvoirs », a-t-il affirmé.
En outre, Sonko a développé une vision claire du fonctionnement démocratique qu’il entend défendre. « Dans toutes les démocraties, l’exécutif ne peut pas nommer un gouvernement sans se concerter avec la majorité », a-t-il soutenu. Il estime que le président Faye aurait dû consulter la majorité avant de nommer un Premier ministre. Ainsi, il a salué son successeur Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô malgré leurs divergences connues sur le franc CFA. La gestion de la dette, atteignant 132 % du PIB, constitue un autre point de désaccord majeur entre eux. Ces divergences programmatiques annoncent des tensions institutionnelles durables entre les deux branches du pouvoir.
Faye sans majorité assumée : gouverner sera désormais plus complexe pour le président sénégalais
Finalement, la question centrale qui se pose concerne la capacité de Faye à gouverner efficacement. Son ancien allié politique contrôle désormais le Parlement avec une majorité écrasante et disciplinée. Passer des réformes dans un Sénégal confronté à de graves difficultés économiques s’annonce périlleux. En définitive, Sonko a rappelé une règle démocratique fondamentale avec une clarté assumée. « C’est la majorité à l’Assemblée nationale qui doit gouverner », a-t-il déclaré sans ambiguïté. Cette formule résume toute la tension constitutionnelle qui s’installe au cœur des institutions sénégalaises.
Empêché de se présenter à la présidentielle pour une condamnation en diffamation, Sonko avait désigné Faye comme son représentant. Dès lors, leur rupture consommée transforme une alliance historique en cohabitation institutionnelle inédite. Le Sénégal entre dans une séquence politique aussi fascinante qu’incertaine pour sa stabilité démocratique.









