Dans la brousse congolaise, les géologues de l’américain KoBold Metals disposent d’un atout inédit. Leur équipement associe GPS de haute précision et tablettes connectées. Ces outils dialoguent avec une intelligence artificielle hébergée en Californie.
Fondée en 2018, la jeune pousse bénéficie du soutien de Bill Gates et Jeff Bezos. Ainsi, son arrivée en RDC s’inscrit dans une stratégie américaine. Washington veut sécuriser ses minéraux stratégiques et réduire la domination chinoise.
La RDC, terrain de rivalité entre Washington et Pékin
Depuis les années 2000, la Chine investit massivement dans le pays. Elle contrôle 70 à 80 % du marché congolais du cuivre et du cobalt. Or, la RDC est deuxième producteur mondial de cuivre et premier de cobalt.
Pourtant, son immense sous-sol reste largement inexploré. KoBold y voit « les conditions idéales pour des découvertes majeures ». L’entreprise américaine cible surtout le lithium, dont la demande devrait plus que doubler d’ici 2030, selon l’AIE.
Un accord Washington-Kinshasa encore sans effet
Installée à Manono, KoBold détient 14 permis d’exploration sur plus de 3 000 km². En décembre 2025, Washington et Kinshasa ont signé un accord de partenariat stratégique. Il accompagne les efforts de paix américains dans l’Est.
« Nous avons des résultats très encourageants », assure Benjamin Katabuka, directeur général de KoBold en RDC. Mais l’attente dure. « Près d’un an après la signature de l’accord, les investissements américains ne se sont toujours pas manifestés », regrette-t-il.
2 000 échantillons par semaine pour nourrir l’IA
Concrètement, KoBold prévoit d’investir plus de 50 millions de dollars d’ici début 2027. Ses équipes collectent 2 000 échantillons de sol par semaine. Les analyses repèrent une « signature géochimique » propre à la pegmatite, source du lithium.
Ensuite, l’IA croise ces analyses avec des cartes, des rapports coloniaux et images satellites. « Cela nous permettra de cibler le forage », explique Kevin Tambwe, responsable du laboratoire. Objectif : rivaliser avec le chinois Zijin, déjà actif sur une mine voisine.
À Manono, entre espoirs et méfiance
Ici, l’arrivée des Américains suscite des espoirs, mais la méfiance persiste. Le vicaire général Wilson Katende espère que la « concurrence » améliorera les conditions de travail. En effet, les mineurs gagnent souvent moins de 200 dollars par mois.
De plus, la pauvreté atteint 88 % dans la région. « Manono manque d’eau potable. Manono n’est pas électrifiée », rappelle l’administrateur Cyprien Kitanga. Selon lui, les compagnies minières laissaient autrefois « des trous derrière elles pour les enfants de Manono ».
L’IA face à la colère sociale
Au final, la colère sociale gronde déjà. Récemment, des mineurs à bout ont brûlé des pneus devant la mine de Zijin. Le groupe chinois affirme avoir « dialogué avec les représentants des employés ». Désormais, KoBold devra prouver que l’IA peut aussi rimer avec un progrès social.









