Ottawa s’éloigne encore davantage de son partenaire militaire traditionnel. Le gouvernement fédéral juge désormais indispensable de diversifier ses alliances de défense. La guerre tarifaire avec Washington a renforcé cette conviction politique. Elle complique également les grands achats militaires auprès de firmes américaines.
Le secrétaire d’État à l’approvisionnement militaire, Stephen Fuhr, l’affirme sans détour. Les Canadiens verraient aujourd’hui d’un mauvais œil un contrat direct avec Washington. Selon lui, l’opinion publique reste particulièrement sensible après les récentes tensions commerciales. La riposte tarifaire canadienne ne visait pourtant pas directement le secteur militaire. Elle touchait plutôt certains produits industriels et agricoles précis. Néanmoins, ses propos confirment un désintérêt grandissant pour le matériel américain. Il estime également que le Canada ne doit pas espérer un simple retour à la normale. Le départ prévu de Donald Trump, en 2029, ne changera rien selon lui.
Des milliards à réorienter ailleurs
Ottawa prévoit investir des dizaines de milliards supplémentaires dans la défense, notamment avec les achats militaires. Autrefois, 70 % de ces sommes filaient vers les États-Unis. Cette époque semble désormais résolument révolue selon le gouvernement fédéral. Stephen Fuhr assure vouloir saisir nos propres occasions stratégiques. Il considère toujours Washington comme un allié important en matière de défense. Toutefois, il refuse catégoriquement de tout miser sur un seul partenaire. De nouvelles collaborations internationales sont désormais activement recherchées par Ottawa.
Un expert confirme ce virage stratégique
L’expert militaire Justin Massie, de l’UQAM, partage cette analyse gouvernementale. Selon lui, Washington souhaite transférer le fardeau financier vers ses alliés. Les contribuables américains financeraient depuis trop longtemps la défense étrangère. Ainsi, le Canada devra nécessairement adapter sa politique de défense.
Des hélicoptères et des chasseurs en suspens
Plusieurs acquisitions majeures pourraient subir les conséquences de ce litige commercial. Un achat sans appel d’offres d’hélicoptères Black Hawk reste notamment concerné. Ces appareils américains restent pourtant privilégiés par les forces spéciales canadiennes. Par ailleurs, la révision du contrat des 88 chasseurs F-35 se poursuit. Le premier ministre Mark Carney n’a donné aucune indication précise à ce sujet. Seize appareils ont déjà fait l’objet d’une commande ferme. Ottawa a également commencé à financer quatorze appareils supplémentaires. Cependant, rien ne garantit l’achat du solde de la commande initiale. Le gouvernement examine encore attentivement plusieurs scénarios budgétaires possibles.
Vers la Suède plutôt que vers les États-Unis
Le Canada continue de s’intéresser aux chasseurs suédois Gripen, fabriqués par Saab. Des négociations se poursuivent également pour les avions-radars GlobalEye. Boeing avait pourtant mené un lobbying intense pour son propre appareil concurrent. Malgré cela, Ottawa privilégie visiblement l’option suédoise pour cette technologie sensible. Stephen Fuhr se réjouit par ailleurs de l’entente conclue avec Telesat. Ce contrat de 2,3 milliards réduit la dépendance canadienne envers Starlink. Le réseau satellitaire appartient à l’entreprise américaine SpaceX, dirigée par Elon Musk.
Alléger les restrictions américaines sur la technologie
Le gouvernement entend maintenir ses liens avec les filiales étrangères installées au Canada. Ces entreprises emploient des centaines de travailleurs canadiens et paient leurs impôts localement. Toutefois, Ottawa souhaite désormais réduire sa dépendance aux règles américaines ITAR. Ce régime encadre strictement l’exportation des technologies militaires américaines. Stephen Fuhr juge possible une coopération élargie avec l’Europe et l’Asie. Il évoque également l’Océanie comme partenaire potentiel dans cette stratégie. Selon lui, aucun pays ne peut tout accomplir seul aujourd’hui. Collectivement, plusieurs alliés pourraient toutefois combler ce vide stratégique. Cette réorientation dessine ainsi un nouveau visage pour la défense canadienne. Le pays entend désormais tracer sa propre voie stratégique.









