Jeudi soir, Calgary a vibré au rythme d’un grand rassemblement pour l’unité canadienne. Le cabinet du premier ministre évalue la foule à au moins 5000 personnes. Beaucoup portaient du rouge et du blanc. Ainsi, bâtons de hockey ornés de drapeaux et chandails d’équipe Canada ont dominé la scène. La foule a scandé le nom du premier ministre, puis celui du pays. Cette ambiance festive tranche avec la gravité de l’enjeu. Plus tôt jeudi, des partisans l’avaient accueilli dans un restaurant. Le personnel lui a offert un beau bouquet de fleurs.
Mark Carney a lancé un appel direct aux Albertains. Il leur demande de voter comme si le Canada en dépendait. Selon lui, le monde est plus dangereux et plus divisé. Cependant, il affirme que certains, hors du pays, veulent briser le Canada pour mieux le dominer. Il reconnaît pourtant que les frustrations albertaines sont bien réelles. Toutefois, il estime qu’un vote contre le Canada serait un bluff dangereux.
Neuf autres questions qui compliquent le scrutin
Le bulletin de lundi contient dix questions, pas une seule. La première porte sur l’avenir de la province dans la Confédération. Elle propose de rester ou d’organiser un second référendum contraignant sur l’indépendance. Les neuf autres abordent l’immigration et la Constitution. Autrement dit, les électeurs se prononcent sur plusieurs sujets à la fois. Cette configuration rend le scrutin plus complexe qu’il n’y paraît.
Plusieurs questions visent à donner plus de pouvoir à l’Alberta en matière d’immigration. Elles prévoient aussi des restrictions, voire des frais, pour certains immigrants. Ces mesures toucheraient l’accès aux soins de santé, à l’éducation et aux services sociaux. Les autres questions proposent de modifier la Constitution, de retirer des pouvoirs à Ottawa et d’abolir le Sénat. Le dossier suscite donc de vifs débats.
Deux campagnes, deux budgets
Danielle Smith réclame un oui aux neuf questions. Selon elle, Ottawa doit comprendre que les provinces ont besoin d’autonomie et de respect. Elle soutient donc que ces réponses enverraient un signal clair à Ottawa. Elle juge aussi les coûts de l’immigration prohibitifs. Toutefois, ses détracteurs y voient un message déguisé contre les immigrants. Ce discours attire pourtant de très vives critiques. Le premier ministre exhorte d’ailleurs les électeurs à rejeter ces neuf questions.
L’argent nourrit aussi la bataille. Le gouvernement albertain a alloué 4 millions $ à une campagne publicitaire. Celle-ci défend les neuf propositions et une Alberta forte et souveraine au sein d’un Canada uni. De son côté, le cabinet du premier ministre consacre environ 250 000 $ à Ô Canada, sa campagne publicitaire. Cet écart illustre l’ampleur des moyens engagés de part et d’autre.
Une fin de semaine chargée avant le vote
L’agenda reste dense avant lundi. Vendredi, M. Carney participe à un rassemblement à Edmonton dans la province d’Alberta. Il rencontre ensuite des dirigeants d’entreprise à Red Deer, aux côtés de Mme Smith. Pierre Poilievre prononcera aussi un discours pour l’unité canadienne à Calgary, tout comme la première ministre. Les deux camps multiplient donc les apparitions publiques. Chaque déplacement cherche à mobiliser les électeurs.
Rowena Ferrer, qui a connu le référendum québécois de 1995, redoute un scénario semblable. Elle plaide pour l’unité d’un océan à l’autre. Pendant ce temps, Danielle Smith animait une soirée de collecte de fonds. Les Albertains trancheront enfin lundi, dans un climat politique très tendu.









