Routes dégradées, ordures dans les rues, programmes audiovisuels en berne… Malgré une avalanche de prélèvements des taxes obligatoires, les citoyens gabonais peinent à voir les bénéfices. Entre opacité budgétaire et services publics défaillants, la fiscalité nationale est accusée de produire des « finalités fantôme ».
Dans tous les États, la fiscalité est censée financer les dépenses publiques, réguler l’économie et réduire les inégalités. Au Gabon, ces missions semblent s’être effacées. La fiscalité assure une fonction financière, économique et sociale. Or, chez nous, ces fonctions sont devenues fantomatiques.
Au cours de ces dernières années, on a assisté à la mise en place d’une avalanche de prélèvements : contribution à la formation professionnelle, redevance audiovisuelle, taxe sur les carburants, contribution spéciale électricité, prélèvement sur les jeux de hasard, taxe sur les billets d’avion… La liste est longue. Sur le papier, ces taxes sont justifiées. Dans la pratique, elles peinent à produire des effets tangibles.
Un habitant de Libreville s’indigne : « Nous payons pour l’usure des routes, mais nos rues sont criblées de nids-de-poule. Nous payons pour l’éclairage public, mais nos quartiers et villes restent plongés dans l’obscurité. »
La frustration est palpable. Les ordures s’accumulent malgré une taxe dédiée. Les programmes télévisés nationaux peinent à rivaliser avec les chaînes étrangères, malgré la redevance audiovisuelle et cinématographique. La solidarité sociale, censée être financée par la contribution spéciale, reste invisible : les plus vulnérables mendient désormais sur les réseaux sociaux.
Quant au sport, censé bénéficier d’un prélèvement sur les jeux de hasard, il demeure en crise. « C’est une véritable ironie : on prélève, mais on ne délivre pas ».
Au cœur des critiques, l’opacité. Les citoyens n’ont aucune information sur les montants collectés ni sur leur affectation réelle. Le Parlement, censé représenter le peuple, ne participe pas à informer les citoyens.
Pour les observateurs, la solution passe par une traçabilité rigoureuse et une communication publique des chiffres. « Sans transparence, la fiscalité devient un instrument de frustration et non de justice sociale »
La fiscalité, en tant qu’outil de gouvernance, ne peut remplir ses fonctions que si elle est perçue comme juste et efficace. Au Gabon, la multiplication des prélèvements obligatoires sans résultats tangibles engendre une crise de légitimité. Restaurer la transparence et la crédibilité de ces instruments apparaît comme une condition sine qua non pour rétablir le lien de confiance entre l’État et ses citoyens.







