OTTAWA — Le Canada s’éloigne de ses engagements envers les peuples autochtones. C’est l’avertissement lancé par Amnistie internationale dans un rapport publié ce lundi, qui pointe directement les politiques du gouvernement libéral de Mark Carney comme facteur de régression.
Des lois d’accélération qui fragilisent l’autodétermination autochtone
Au cœur des inquiétudes d’Amnistie internationale : la Loi visant à bâtir le Canada, adoptée à l’été 2024, quelques mois seulement après l’arrivée au pouvoir de Mark Carney. Ce texte législatif vise à accélérer l’approbation et le démarrage de grands projets d’infrastructure et d’exploitation des ressources naturelles.
Pour l’organisation de défense des droits humains, cette loi, ainsi que des initiatives similaires en Ontario et en Colombie-Britannique, constitue une menace directe au droit à l’autodétermination des peuples autochtones, un principe pourtant reconnu par la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA).
« Nous trouvons que le Canada fait un pas en arrière, particulièrement en ce qui concerne les droits des peuples autochtones », a déclaré Ketty Nivyabandi, secrétaire générale anglophone d’Amnistie internationale Canada.
L’ONU interpellée par la cheffe nationale des Premières Nations
Ce rapport intervient dans un contexte de mobilisation internationale. La cheffe nationale de l’Assemblée des Premières Nations, Cindy Woodhouse Nepinak, s’est exprimée devant l’Instance permanente sur les questions autochtones de l’ONU, à New York.
Son message est sans ambiguïté : ni le gouvernement fédéral ni les provinces ne peuvent suspendre, modifier ou éteindre les droits autochtones sans perdre leur crédibilité sur la scène internationale.
Elle a notamment évoqué l’intention avortée du gouvernement britanno-colombien de suspendre certaines dispositions de sa propre loi sur la DNUDPA, une loi adoptée en 2019, faisant de la Colombie-Britannique la première province à intégrer la déclaration onusienne dans son droit interne. Face à la controverse, le premier ministre David Eby a finalement renoncé à ce projet.
Tensions persistantes malgré les tentatives de dialogue de Carney
Du côté fédéral, Mark Carney a tenté de désamorcer les tensions en organisant plusieurs sommets avec les leaders autochtones, réaffirmant à chaque occasion son engagement à respecter leurs droits dans le cadre de la mise en œuvre de sa loi.
Mais la conclusion d’une entente de principe entre Ottawa et l’Alberta pour la construction d’un nouvel oléoduc a ravivé les contestations. Plusieurs Premières Nations ont comparé ce climat à celui qui avait précédé le mouvement Idle No More, né en 2012 en réponse à un projet de loi omnibus du gouvernement Harper.
Amnistie internationale, qui avait déjà noté ce recul 100 jours après l’entrée en fonction de Carney, maintient aujourd’hui ses réserves. « Le portrait plus large est qu’on dirait que le Canada ne voit pas qui est le plus touché par ses politiques, alors qu’il tente, légitimement, de renforcer son économie face aux menaces américaines », observe Mme Nivyabandi.
Un avertissement équilibré mais ferme
Le rapport n’est pas entièrement à charge. Amnistie internationale salue notamment le discours de Mark Carney prononcé à Davos en janvier 2025, dans lequel il a défendu le rôle du Canada comme puissance moyenne engagée sur la scène mondiale.
Mais l’organisation rappelle une vérité fondamentale : un Canada fort ne peut pas se construire sur le dos de ses communautés les plus marginalisées.
« Il faut faire preuve de prudence. Le Canada demeure fort en matière de droits de la personne, mais on ne peut bâtir un Canada fort aux dépens des plus vulnérables », conclut Ketty Nivyabandi.
Le gouvernement fédéral n’avait pas encore répondu aux demandes de commentaires au moment de la publication de cet article.
Sources : Amnistie internationale Canada, CBC Indigenous, Assemblée des Premières Nations











