Dans la nuit de lundi à mardi, l’Alberta a tranché. Les urnes ont parlé d’une voix claire. Selon les résultats, 77 pour cent des bulletins dépouillés défendent le maintien dans le Canada. Toutefois, ces premiers chiffres viennent du vote par anticipation et par la poste. Ainsi, le décompte reste incomplet. Le verdict ressemble à un coup de tonnerre, mais le ciel peut changer.
La première ministre Danielle Smith a salué une victoire pour sa province et le pays. Elle parle d’une Alberta plus forte, au sein d’un Canada uni. De son côté, Mark Carney affirme que la population a choisi le Canada. Il promet d’avancer ensemble avec une grande ambition. Pourtant, Mme Smith dévoilera ses intentions en soirée, mardi, dans un discours officiel que tous attendent.
Les indépendantistes gardent la flamme
Dans un restaurant d’Edmonton, une centaine d’indépendantistes retenaient leur souffle. Ils refusent de baisser les bras. Pour eux, la bataille est loin d’être terminée malgré les chiffres. Mitch Sylvestre, leader de l’Alberta Prosperity Project, juge qu’il est encore tôt. Il se méfie du vote par la poste. En effet, l’attente plane toujours sur la salle. Leur rêve d’indépendance, lui, n’est pas mort.
La campagne a révélé des fissures chez les indépendantistes. Selon un sondage Abacus Data, 32 pour cent des partisans de l’option 2 veulent vraiment quitter le Canada. Certains rêvent même des États-Unis. D’autres brandissent le référendum comme un levier ou un message à Ottawa. Par ailleurs, le Québec sert souvent de modèle, avec sa stratégie du couteau à la gorge face au fédéral.
Dix questions, une soirée à suspense
Le référendum posait dix questions constitutionnelles. Elles touchaient la nomination des juges, l’avenir du Sénat et l’immigration, chère à Danielle Smith. Si l’écart sur l’indépendance paraissait immense, les neuf autres questions racontaient une autre histoire. Les résultats y étaient trop serrés pour conclure. De plus, ce scrutin n’est pas juridiquement contraignant. Le gouvernement provincial pourra donc écouter les électeurs, ou les ignorer librement.
Le suspense s’est étiré en longueur. Une centaine de bureaux ont ouvert tard, puis de longues files d’attente ont prolongé la soirée. Elections Alberta assure avoir défini les attentes avec soin. De plus, un bureau ferme seulement quand chaque électeur présent à l’heure limite a voté. Avant l’ouverture lundi, plus de 1,3 million d’Albertains s’étaient déjà exprimés, soit 43 pour cent de participation.
Une province riche, un cœur en colère
L’Alberta, quatrième province du pays avec 5,1 millions d’habitants, nage dans l’or noir et le gaz. Son revenu médian après impôt atteint 85 300 dollars, contre 75 000 en moyenne au pays. Pourtant, bien des Albertains estiment ne pas en avoir pour leur argent. Ainsi, le sentiment d’aliénation envers l’élite laurentienne et Ottawa, qui ignoreraient leurs intérêts, est un moteur du mouvement sécessionniste.
Les fédéralistes, eux, brandissaient à maintes reprises l’épouvantail de la catastrophe économique. À leurs yeux, une victoire séparatiste ferait fuir les sièges sociaux. Comme au Québec, les grandes entreprises partiraient vers de nouveaux cieux. Cependant, l’Alberta devenait la deuxième province, après le Québec, à sonder son avenir dans la fédération. Dès lors, tout le pays observait ce vote comme un thermomètre de l’unité nationale.
Le dernier acte reste à écrire
Le rideau n’est pas tombé. Pour l’instant, les résultats demeurent préliminaires, et Danielle Smith parlera mardi soir. Cependant, si l’Alberta a dit oui au Canada, la partition constitutionnelle se poursuit. Reste à savoir si Edmonton écoutera vraiment cette voix, ou si Ottawa devra l’entendre encore.









