L’ancien président congolais Joseph Kabila prend la tête d’une coalition rebelle. Le Front pour la refondation de la nation (FRN) veut renverser le gouvernement. Il veut coordonner les « forces de résistance ». Il agira donc « par tous les moyens, y compris la force ». Ainsi, cette présentation, lundi, offre l’indice le plus clair de l’implication directe de Kabila dans un mouvement armé. Le gouvernement n’a pas commenté.
Auparavant, Kabila avait nié tout lien avec le groupe rebelle M23. La justice l’avait pourtant condamné à mort par contumace pour trahison l’an dernier. Il a dévoilé la coalition à sa résidence de Goma, ville que le M23 contrôle depuis l’an dernier. Sultani Makenga, chef du M23, sera l’un des quatre adjoints de Kabila. Les trois autres adjoints viennent aussi de l’alliance AFC-M23. Elle domine une partie de l’est.
Un ancien chef d’État à l’offensive
Cette annonce arrive quelques jours après un discours de Kabila. Il y promettait d’exposer comment le peuple devrait agir pour « sauver » son pays. Vendredi, il a accusé Félix Tshisekedi d’ignorer ses propositions de l’an dernier. En outre, il dénonce une économie mal gérée, une sécurité fragile et des arrestations arbitraires d’opposants. Il accuse également le pouvoir de saper l’état constitutionnel. Ainsi, ces critiques ciblent directement le pouvoir.
Kabila, 55 ans, a dirigé la RDC de 2001 à janvier 2019. Félix Tshisekedi lui a succédé après une élection très contestée. Toutefois, l’ancien président s’était longtemps tenu à l’écart de la vie publique. Il s’en prend désormais de plus en plus à son successeur. Le second mandat de Tshisekedi s’achève en 2028. En mai, ce dernier a même évoqué un possible report des élections à cause du conflit.
Un pays meurtri et des calculs régionaux
Cette coalition naît dans un pays ravagé par la violence depuis des décennies. Par ailleurs, plus de 100 groupes armés sévissent dans l’est de la RDC. Tensions, luttes de pouvoir et ressources attisent ce brasier. L’ONU et les gouvernements occidentaux accusent le Rwanda de soutenir le M23. Kigali nie, invoque une mesure défensive contre des groupes armés. Enjeux locaux et régionaux s’entremêlent donc. Dès lors, la paix demeure fragile.
Richard Moncrieff, de l’International Crisis Group, voit dans cette coalition une tentative d’étendre la rébellion. Selon lui, la notoriété de Kabila peut séduire des mécontents au-delà de la base étroite du M23. Kabila viserait aussi à rallier des officiers supérieurs et à réduire la dépendance du M23 envers le Rwanda. Pourtant, prendre le pouvoir comme son père, Laurent Kabila, ne sera pas simple. Washington l’a d’ailleurs lourdement sanctionné en mai.
Des sanctions et une paix au point mort
Ces sanctions, que Joseph Kabila juge politiques, visent à soutenir l’accord de paix conclu entre la RDC et le Rwanda. Pour l’analyste de l’ICG, les négociations sont pourtant au point mort. Chaque camp cherche désormais à contrôler le terrain. Le conflit, lui, n’attend pas la diplomatie.









