Paul St-Pierre Plamondon mène le Parti québécois (PQ) à la victoire lundi. Pourtant, son parcours politique est loin d’être linéaire. Il a d’abord été un « fédéraliste déçu ». Il est ensuite devenu un « progressiste » découragé par l’offre politique du PQ. Qui est-il, au juste ?
À 49 ans, il a traversé toute la gamme des réponses à la question nationale. En 1995, il vote pour le Oui, contre l’avis de ses parents. Au tournant du siècle, il adopte pourtant une position fédéraliste. Ce parcours reflète donc une longue réflexion identitaire.
Le scandale des commandites change son regard
Jeune avocat, il travaille au Groupe Polygone en 2007 et en 2008. Le scandale des commandites impliquait cette compagnie. Il dit alors être devenu désabusé du Canada. Cette expérience nourrit sa réflexion sur le système fédéral canadien.
En fin de campagne, il résume sa pensée. « J’avais tenté de voir ce qui pouvait être réparé dans le système fédéral ». Il en conclut que « rien ne peut être fait ». Cette conclusion marque sa rupture avec le projet fédéral.
Un livre pour renouveler le paysage politique
En 2014, il publie Les orphelins politiques. Il y plaide pour un renouveau du paysage politique québécois. Selon lui, les progressistes devraient « dissocier leur projet de la question de la souveraineté du Québec ». Ce livre propose une nouvelle voie aux progressistes du Québec.
Deux ans plus tard, il se lance, sans succès, dans la course à la chefferie du PQ. Il veut un « parti ouvert, invitant, au service de ceux qui vivent des injustices ». Il ajoute : « peu importe leur langue maternelle, peu importe leur religion ». Il cherche ainsi à rassembler au-delà des clivages.
Osez repenser le PQ, puis la victoire de 2020
Après cette défaite, on lui confie un rapport sur l’avenir du PQ. En avril 2017, il signe Osez repenser le PQ, un document de 50 pages. Le texte juge que la formation « n’avait pas été assez présent[e] ». Elle manquait donc de présence pour « tisser des liens de confiance » avec ces communautés.
En 2020, il retente sa chance dans la course à la direction péquiste. Il l’emporte en pleine pandémie, devant Sylvain Gaudreault, Guy Nantel et Frédéric Bastien. Il lance alors : « Ce soir, les membres ont tranché ». Il évoque « le changement, le renouveau et l’esprit d’aventure ». Il remet aussi en avant l’idée d’un référendum.
Un fils engagé, selon son père
Son père, Jacques Plamondon, le décrit comme « motivé par le service public et [par l’idée] d’aider les gens ». Il s’est confié dimanche, en marge d’un arrêt de campagne. En sixième année, son fils avait demandé une rencontre avec le directeur général de la commission scolaire.
Les profs de son école à vocation musicale boycottaient alors le concert de fin d’année. « Ça se dessinait comme ça ». Peu avant l’âge adulte, il participe à un échange international, dans une famille danoise dirigée par un pasteur luthérien. Ce dernier exerce une grande influence sur lui.
Député depuis 2022, chef plébiscité
Le 3 octobre 2022, Paul St-Pierre Plamondon devient député de Camille-Laurin. Pendant la campagne, la solidaire Marie-Eve Rancourt, une adversaire, a dû retirer sa candidature. On l’avait vue retirer un dépliant péquiste de la boîte aux lettres d’un électeur. Cette adversaire a quitté la course dans la circonscription montréalaise.
Sur le plan national, le PQ n’obtient que trois sièges et 15 % des suffrages en 2022. C’est le pire résultat de son histoire. Pourtant, près de six mois plus tard, son chef reçoit 98,5 % des voix au congrès de mars 2023. Cet appui est quasi unanime parmi les partisans.
Des victoires partielles et un référendum reporté
En octobre 2023, il ajoute Pascal Paradis à son équipe en remportant l’élection partielle de Jean-Talon. Le PQ confirme ainsi sa remontée. Ensuite, le PQ remporte les trois scrutins complémentaires suivants. Ils se tiennent à Terrebonne, à Arthabaska-L’Érable et à Chicoutimi.
En 2024, à Drummondville, il affirme : « nous vivrons bel et bien un troisième référendum sur l’indépendance du Québec ». Depuis, il reporte cette consultation à l’après-Donald Trump. Toutefois, il promet de « tenir parole » quant à son engagement phare. Il situe ce rendez-vous d’ici la fin de la décennie.
Un engagement qui ne change pas
« Il garde toujours la même idée », a dit son père dimanche. « Même si ce n’est pas payant électoralement ». Le futur premier ministre arrive donc au pouvoir avec le projet qui l’accompagne depuis de nombreuses années. Ce projet reste son engagement phare, malgré son coût électoral.









