Le Canada vient de rompre, du moins temporairement, l’un de ses plus vieux pactes familiaux. Ottawa suspend désormais tout nouveau dépôt de demande pour le parrainage des parents et grands-parents. En effet, ce programme unissait depuis 2020 les familles éloignées par la distance. On le comparait souvent à un mariage entre générations. Désormais, la porte se referme, sans date de réouverture annoncée. Le ministère de l’Immigration justifie cette pause par une gestion plus responsable du système. Selon lui, la demande dépasse largement l’offre de places disponibles chaque année. Cette décision touche directement des dizaines de foyers canadiens.
Un système sous pression
Les chiffres racontent une histoire d’engorgement. Actuellement, 60 500 dossiers patientent déjà dans la filière administrative. Ainsi, l’attente s’étire à 33 mois en moyenne à travers le pays. Au Québec toutefois, certains demandeurs patientent jusqu’à 66 mois. Par conséquent, cette union entre générations ressemble désormais à des fiançailles interminables. De plus, plus de 2,1 millions de demandes toutes catégories confondues restaient en traitement au 30 avril. Parmi elles, 922 000 dossiers accusaient un retard par rapport aux normes officielles. En somme, moins de la moitié des demandes respectaient les délais annoncés par le ministère.
Le plan d’Ottawa pour 2026-2028
Malgré la pause, le gouvernement maintient son engagement envers les familles. En effet, jusqu’à 15 000 demandes de résidence permanente seront approuvées en 2026 et 2027. Ce chiffre s’inscrit dans un plan plus vaste visant 380 000 admissions annuelles jusqu’en 2028. Parallèlement, Ottawa réduit de moitié les visas temporaires délivrés en 2026. Ainsi, la croissance démographique canadienne devrait rester stable pour une seconde année consécutive. Cette stabilité ressemble à un compromis prudent entre ouverture et retenue.
La confiance des Canadiens s’effrite
L’immigration demeure un terrain miné politiquement depuis plusieurs années. Des sondages internes révèlent un désamour grandissant envers le système actuel. En 2023 et 2024, le soutien public a chuté à son plus bas niveau en trente ans. D’ailleurs, en novembre 2024, plus de la moitié des répondants jugeaient l’immigration excessive. Face à cette grogne persistante, la ministre Lena Diab promet publiquement de restaurer la viabilité du système. Par ailleurs, une loi adoptée en mars durcit les critères d’admissibilité à l’asile.
Le supervisa, une porte encore ouverte
Tout espoir familial n’est pourtant pas rompu par cette annonce de suspension du parrainage des parents et grands-parents Les citoyens et résidents permanents peuvent toujours solliciter un supervisa. Ce visa permet des visites répétées pendant dix ans, comme une fidélité renouvelée. Il autorise des séjours prolongés de cinq années consécutives auprès des proches. Entre janvier et avril, 112 900 personnes ont malgré tout obtenu la résidence permanente. Ce chiffre prouve d’ailleurs que la machine administrative continue, même ralentie, d’unir des familles. Reste à savoir si cette pause deviendra un divorce durable entre Ottawa et les familles séparées. Ou si elle ne sera qu’une brève mésentente conjugale, appelée à se réconcilier bientôt.









