Le Gabon vient de franchir une étape majeure de son développement économique. En effet, le 8 juin 2026, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a lancé les travaux du port en eau profonde de Kobé-Kobé.
Par le journaliste Roland Olouba Oyabi
L’événement a réuni des délégations venues des cinq continents. Ainsi, la France, la Chine, les États-Unis, l’Inde, l’Italie, l’Australie et le Royaume-Uni ont répondu présents.
Cependant, Kobé-Kobé dépasse largement le cadre d’un simple projet portuaire. Ce programme rassemble une mine géante, un corridor ferroviaire électrique, plusieurs barrages hydroélectriques et des installations industrielles.
Par conséquent, Libreville ambitionne de bâtir un nouvel écosystème économique capable de soutenir sa croissance durant plusieurs décennies. À l’image d’une locomotive tirant plusieurs wagons, chaque composante du projet doit renforcer les autres.
Belinga, un gisement géant au cœur de la stratégie
Au centre de cette transformation figure le gisement de fer de Belinga. Situé dans la province de l’Ogooué-Ivindo, il représente environ 7,5 milliards de tonnes de réserves. Avec une teneur estimée à 65 %, ce gisement figure parmi les plus importants encore inexploités au monde. D’ailleurs, son exploitation a été confiée au groupe australien Fortescue, associé à des partenaires britanniques.
Toutefois, exploiter une ressource aussi considérable exige des infrastructures adaptées. Sans moyens logistiques performants, cette richesse resterait prisonnière des terres intérieures.
Ainsi, le projet Kobé-Kobé apporte une réponse concrète à cette équation économique. Il relie directement les ressources naturelles aux marchés internationaux. Grâce à cette vision intégrée, le Gabon espère transformer son potentiel minier en moteur durable de développement.

Un corridor ferroviaire pour connecter l’intérieur au littoral
Le deuxième pilier du projet repose sur une ligne ferroviaire électrique de 1 500 kilomètres. Celle-ci reliera Belinga au futur port atlantique. Par ailleurs, des entreprises chinoises assureront la réalisation de cette infrastructure stratégique. Les locomotives et les wagons devraient provenir de partenaires américains.
L’objectif demeure particulièrement ambitieux. À terme, le corridor pourrait transporter jusqu’à 250 millions de tonnes de marchandises chaque année.
De plus, cette liaison réduira considérablement les coûts logistiques. Elle renforcera également la compétitivité des exportations gabonaises. Tel un fleuve d’acier traversant le pays, cette voie ferrée transportera les richesses nationales vers les marchés mondiaux.
En outre, elle favorisera l’émergence de nouvelles activités économiques le long de son tracé.
Kobé-Kobé, un port conçu pour les grands échanges internationaux
Le futur port constitue le troisième maillon de cette chaîne stratégique. Africa Global Logistics assurera sa construction dans le cadre d’un partenariat conclu avec l’État gabonais. Le choix du site repose sur des avantages naturels décisifs. Contrairement à plusieurs ports de la sous-région, Kobé-Kobé disposera d’un tirant d’eau compris entre 14 et 16 mètres.
Ainsi, les plus grands navires de transport pourront y accoster. Cette capacité renforcera l’attractivité du Gabon auprès des opérateurs internationaux. Face aux interrogations concernant l’expérience du groupe, le président gabonais a affiché sa confiance. «J’ai entendu qu’ils n’ont jamais réalisé un port minéralier. Mais c’est un défi. Je ne me fais pas des doutes. Vous allez le réussir.»
Par conséquent, les autorités considèrent cette infrastructure comme un levier majeur de compétitivité régionale.
Énergie, industrialisation et souveraineté économique
Le projet intègre également trois barrages hydroélectriques prévus dans la région de Booué. Ces infrastructures fourniront l’énergie nécessaire aux futures activités industrielles.

Ensuite, le Gabon souhaite transformer localement une partie du minerai extrait. Cette mission associera notamment des partenaires chinois et japonais. Dès lors, le pays entend réduire sa dépendance aux exportations de matières premières brutes. Il privilégie désormais la création de valeur sur son territoire. Sur le site du projet, Brice Clotaire Oligui Nguema a présenté une vision ouverte de la coopération internationale. «Je n’exclus aucun continent», a-t-il déclaré devant les délégations étrangères.
Puis, il a souligné l’importance de la stabilité et du partage des opportunités économiques. «Soyons ensemble et toujours dans la paix. Que chacun trouve ici sa prospérité économique, son développement, pour le bien-être des populations gabonaises.»
Toutefois, le chef de l’État a fixé une échéance claire. «En 2030 je veux la livraison du projet. Je ne veux pas que les choses traînent. Si ça traîne, je serai obligé de chercher encore d’autres opérateurs.»
Enfin, il a conclu par une formule porteuse de sens. «Quand on veut aller plus loin, il faut partir ensemble.»
À travers Kobé-Kobé, le Gabon ne construit donc pas uniquement un port. Il bâtit les fondations d’une stratégie industrielle destinée à renforcer sa souveraineté économique et son influence en Afrique centrale pour les générations futures.






