À 80 ans, Laurent Gbagbo ne prend pas encore sa retraite politique. Les membres du PPA-CI, réunis en congrès ordinaire le 14 mai 2026, ont décidé de le reconduire à la présidence du parti. Cette décision marque un tournant inattendu, après l’annonce de son retrait faite en octobre dernier.
Un retrait annoncé, puis abandonné
Il y a quelques mois à peine, Laurent Gbagbo semblait avoir tranché. Dans une interview accordée au journaliste Alain Foka, il avait pourtant été catégorique :
« Il n’y a pas de retraite en politique, mais je m’interdirai d’occuper des fonctions politiques, à l’intérieur de mon parti comme dans l’État. J’ai assez donné. »
Quelques mois plus tard, le discours a radicalement changé. Le fondateur du PPA-CI accepte finalement de poursuivre sa mission. Ce revirement intervient alors que le
renouvellement de la classe politique ivoirienne est de plus en plus réclamé par l’opinion publique.
Des turbulences internes comme toile de fond
Pourquoi ce changement de cap ? La réponse se trouve en grande partie au sein du parti lui-même. Depuis plusieurs mois, le PPA-CI traverse une zone de turbulences sérieuse. Des rivalités internes ont fragilisé l’appareil politique. De surcroît, des sanctions récentes contre certains cadres ont mis au jour des fractures profondes.
Dans ce contexte instable, le retour de Laurent Gbagbo est présenté par ses partisans comme un rempart contre une crise plus grave. Pour de nombreux militants, l’ancien président demeure la seule personnalité capable de maintenir la cohésion du parti. Son aura, son expérience et son influence sur la base militante continuent de peser fortement dans les équilibres internes.
La question de la relève, toujours sans réponse
Cette reconduction relance pourtant un débat crucial : celui de la transition générationnelle. Malgré la présence de plusieurs cadres influents au sein du PPA-CI, aucun ne semble aujourd’hui capable de s’imposer comme successeur consensuel. La question de la relève reste entière.
Certains observateurs soulignent par ailleurs une contradiction notable. Laurent Gbagbo a critiqué publiquement le quatrième mandat du président Alassane Ouattara. Or il accepte lui-même de se maintenir à la tête de sa formation politique sans limite d’âge fixée. D’autres estiment, en revanche, que la situation du parti justifie pleinement sa présence
prolongée.
Un phénomène qui dépasse le seul PPA-CI
Cette situation n’est pas propre au parti de l’opposition. Du côté du pouvoir, le RHDP a également reconduit Alassane Ouattara à sa tête. Ainsi, les deux grandes formations politiques ivoiriennes sont confrontées au même défi : celui du renouvellement de leur leadership. En définitive, la question de la succession politique demeure l’un des grands enjeux de la Côte d’Ivoire à l’approche des prochaines échéances électorales.









