Trente ans après le génocide des Tutsis, la justice française reste saisie du cas Agathe Habyarimana. L’ancienne première dame du Rwanda vient de se pourvoir en cassation. Une décision qui rallonge encore une procédure déjà jugée « déraisonnable » par sa défense.
Un non-lieu annulé, une instruction relancée
Le 6 mai 2026, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a infirmé un non-lieu. Ce non-lieu avait été prononcé en août dernier par deux juges parisiennes. Le Parquet national antiterroriste (PNAT), compétent pour les crimes contre l’humanité, avait demandé cette annulation. Les parties civiles l’avaient également exigé. La décision ouvre donc la voie à une reprise des investigations.
La défense s’oppose et saisit la cassation
Mercredi, l’avocat d’Agathe Habyarimana, Me Philippe Meilhac, a annoncé le pourvoi en cassation. Il déplore une décision qui risque d’allonger encore une procédure déjà longue. L’instruction dure depuis près de vingt ans. Me Meilhac a précisé que sa cliente n’hésitera pas à saisir la Cour européenne des droits de l’Homme. Le pourvoi sera suspensif et examiné en urgence, selon la
défense.
Les parties civiles restent confiantes
De leur côté, les associations de victimes écartent toute inquiétude. Elles qualifient ce pourvoi de « voué à l’échec ». Pour elles, la décision d’appel représente une avancée majeure. Depuis des années, elles réclament que la justice française examine le rôle exact de l’ancienne première dame.
Qui est Agathe Habyarimana ?
Âgée de 83 ans, Agathe Habyarimana est la veuve du président hutu Juvénal Habyarimana. L’assassinat de ce dernier, le 6 avril 1994, a déclenché le génocide des Tutsis. Entre avril et juillet, les massacres ont causé environ 800 000 morts selon l’ONU. Depuis 2007, Agathe Habyarimana fait l’objet en France d’une information judiciaire pour complicité de génocide.
L’Akazu, un cercle de pouvoir au cœur des accusations
Selon les associations plaignantes, l’ancienne première dame aurait appartenu à l’« Akazu ». Ce terme désigne le premier cercle du pouvoir hutu, soupçonné d’avoir orchestré le génocide. Agathe Habyarimana rejette fermement ces accusations. Elle se présente comme une mère au foyer de huit enfants, sans lien avec la sphère politique.
Une procédure qui interroge la justice française
Vingt ans d’instruction sans jugement : la durée de cette affaire soulève des questions. Elle met en lumière les limites de la compétence universelle en matière de crimes contre l’humanité. L’issue du pourvoi en cassation s’annonce décisive. Elle déterminera si la France peut encore espérer juger ce dossier sur son territoire.
Sources : AFP, Parquet national antiterroriste (PNAT), associations de parties civiles.









