Le compte à rebours touche à sa fin. Cependant, pour des milliers de personnes, la fuite a commencé bien avant. Depuis plusieurs semaines, l’Afrique du Sud retient son souffle. En effet, ce mardi 30 juin marquait l’échéance fixée par un mouvement anti-immigrés. Aucune loi n’a pourtant changé, aucun décret n’a été signé. Néanmoins, cet ultimatum a suffi à répandre la peur. Ainsi, plus de 25 000 personnes ont déjà été rapatriées, selon les autorités.
Par le journaliste Roland Olouba Oyabi
Mardi, cette tension s’est matérialisée dans les rues. À Johannesburg comme à Durban, des milliers de manifestants ont défilé. Par ailleurs, des hommes brandissaient bâtons et boucliers traditionnels zoulous. D’autres arboraient des pancartes au message sans équivoque : « Arrêtez de cacher les étrangers illégaux. Arrêtez de les employer et de leur louer un logement. » Face au risque d’embrasement, plus de 10 000 policiers ont été déployés, appuyés par drones et hélicoptères. À la mi-journée, la police évoquait des manifestations restées, selon elle, « à ce stade, largement pacifiques ».
Des scènes de tension malgré le dispositif policier
Toutefois, plusieurs rassemblements ont dégénéré. À Germiston, la police est intervenue pour évacuer des étrangers menacés par des manifestants agressifs. Dans un pays marqué par d’anciennes violences xénophobes, certains redoutaient une nouvelle flambée. D’ailleurs, l’ultimatum a été lancé par March and March, mouvement fondé par Jacinta Ngobese-Zuma, ancienne animatrice radio. Son appel a rapidement gagné en ampleur, notamment via des relais politiques. ActionSA, parti d’Herman Mashaba, l’a ainsi repris à son compte. L’Umkhonto we Sizwe, soutenu par Jacob Zuma, a fait de même.
Une mobilisation alimentant les tensions depuis des mois
Selon l’organisation Acled, sept rassemblements ont eu lieu entre le 10 et le 22 juin. De plus, le premier semestre 2026 compte davantage de manifestations anti-migrants que toute année depuis 2021. Avant même l’expiration de l’ultimatum, des milliers d’étrangers avaient quitté le pays, parfois sous la contrainte. Certains ont perdu leur emploi. D’autres locataires ont été expulsés sous la pression de militants. À Durban, des centaines de Malawites attendaient des bus de rapatriement. Le Ghana et le Nigeria ont, eux aussi, organisé des vols pour leurs ressortissants.
Un climat hanté par les violences xénophobes passées
En 2008, des émeutes anti-immigrés avaient fait une soixantaine de morts, selon Reuters. En 2015, de nouveaux affrontements avaient éclaté ailleurs dans le pays. Cette fois, Natjoints recense quatre morts liés à ce « sentiment anti-étrangers » : deux Mozambicains, un Éthiopien et un Malawite. Pourtant, les responsables de March and March assurent condamner toute violence. Néanmoins, ils annoncent poursuivre leur mobilisation. À Durban, Jacinta Ngobese-Zuma a promis de nouvelles manifestations chaque jeudi. Elle a également exigé du gouvernement qu’il « se débarrasse des personnes qui ne sont pas parties ». L’Afrique du Sud compte officiellement trois millions d’étrangers, soit cinq pour cent de sa population totale.









