Ottawa, 19 avril 2026 — Dans une allocution vidéo d’une quinzaine de minutes diffusée dimanche sur YouTube, le premier ministre canadien Mark Carney a présenté aux Canadiens ce qu’il nomme sa « ligne de conduite » : un plan structuré de réduction de la dépendance économique du pays envers les États-Unis, assorti d’une promesse de transparence régulière sur les avancées et les difficultés rencontrées.
Par le journaliste Roland Olouba Oyabi
Une dépendance devenue vulnérabilité
Le constat posé par Mark Carney est sans ambiguïté. Les liens économiques étroits tissés pendant des décennies avec Washington, longtemps présentés comme un avantage compétitif majeur pour le Canada, constituent désormais une faiblesse structurelle face aux décisions unilatérales de l’administration Trump. Le premier ministre écarte toute illusion de retour à l’ordre ancien, estimant qu’il serait erroné d’espérer que les États-Unis renoueraient avec la coopération qui a longtemps prévalu entre les deux pays voisins.
Cette prise de position intervient dans un contexte économique dégradé. Les droits de douane américains pèsent sur plusieurs secteurs stratégiques canadiens, dont le bois d’œuvre, l’acier et l’industrie automobile. Les investissements au Canada sont en recul, et le gouvernement libéral reconnaît ouvertement cette réalité, tout en refusant de signer ce qu’il qualifie de « mauvais accord » commercial avec Washington.
Diversification et commerce interprovincial au cœur du plan
Pour contrer cette fragilité, Ottawa mise sur une double stratégie. D’un côté, la diversification des partenariats commerciaux vers des marchés non américains, avec des projets d’exportation d’envergure à développer. De l’autre, le renforcement du commerce intérieur par l’harmonisation progressive des réglementations provinciales, un chantier que le gouvernement Carney présente comme un levier de souveraineté économique.
Le premier ministre a également convoqué la mémoire historique pour galvaniser l’opinion publique. Il a cité le général Isaac Brock, le général Charles-Michel de Salaberry et le chef autochtone Tecumseh, figures de la résistance canadienne lors de la guerre de 1812, en les présentant comme des modèles de détermination face à une pression américaine déjà ancienne. Un choix symbolique fort, destiné à inscrire le défi actuel dans une continuité nationale.
Une communication assumée en période de crise
L’expression « ligne de conduite » n’est pas anodine dans le vocabulaire de Mark Carney . Il l’avait utilisée lors de ses mandats à la tête de la Banque du Canada, puis de la Banque d’Angleterre, pour signaler une posture d’action déterminée et durable face aux crises financières. En la réemployant aujourd’hui dans un contexte géopolitique, il envoie un signal clair : il considère la relation commerciale avec Washington comme une urgence nationale nécessitant un pilotage de crise rigoureux.
Le premier ministre a annoncé qu’il s’adresserait à nouveau aux Canadiens par ce même canal dans les prochaines semaines et les prochains mois, affirmant vouloir être transparent sur ce qui fonctionne comme sur ce qui achoppe. Une promesse de communication directe, inhabituelle par sa forme, qui intervient quelques jours seulement après la consolidation d’une majorité parlementaire libérale.
Les conservateurs font pression pour qu’un accord commercial avec les États-Unis soit conclu rapidement. Carney, lui, choisit la voie longue.











