D’abord, un chiffre fixe l’ambition budgétaire du Cameroun pour 2026. L’État vise désormais 3600 milliards de FCFA de recettes fiscales cette année. Ensuite, ce montant dépasse largement les 3200 milliards enregistrés en 2025. Un nouvel essai de 696 pages décortique ce système fiscal en pleine mutation. Or, cette course annuelle aux recettes soulève une question rarement posée publiquement. Qui protège réellement les citoyens les plus exposés à cette pression fiscale ? Cette interrogation traverse discrètement l’ouvrage d’Alain Symphorien Ndzana Biloa, publié en mai 2026. Juriste et inspecteur principal des impôts, il connaît intimement les rouages de cette administration.
Précisément, l’État cible désormais les compagnies aériennes étrangères et le numérique. Les entreprises non résidentes doivent également contribuer davantage aux recettes publiques. Ainsi, une attestation de conformité fiscale devient obligatoire pour certaines démarches. Concrètement, cette exigence touche aussi de nombreux citoyens ordinaires au quotidien. Or, ces nouvelles obligations administratives pèsent différemment selon les catégories sociales. Dès lors, un travailleur informel subit-il la même pression qu’une multinationale ? Cette question mérite une réponse claire de la part des autorités. Pourtant, aucun chiffre officiel ne détaille précisément cette répartition inégale de l’effort fiscal.
Le secteur informel, grand oublié des recettes publiques
Certes, l’auteur souligne la place considérable du secteur informel camerounais. Toutefois, ce secteur contribue seulement de manière limitée aux recettes fiscales. En effet, des millions de travailleurs échappent largement aux circuits formels existants. De plus, ces citoyens bénéficient rarement des services publics financés par l’impôt. Reçoivent-ils une protection sociale équivalente à leur contribution économique réelle ? Ou restent-ils exclus d’un système qui les ignore structurellement ? Cette asymétrie interroge directement la responsabilité de l’État envers eux. Or, sans données précises sur ce déséquilibre, aucune réforme ciblée ne semble réellement possible.
La confiance fiscale, un droit encore fragile
Par ailleurs, l’ouvrage d’Alain Symphorien Ndzana Biloa insiste sur l’importance de la confiance du contribuable. Cependant, cette confiance suppose une contrepartie tangible en services publics. Dès lors, exiger plus d’impôts sans améliorer les services affaiblit ce lien. Le citoyen paie régulièrement, mais que reçoit-il concrètement en retour de l’État ? Cette réciprocité reste largement absente des discours officiels sur la fiscalité. En somme, la légitimité de l’impôt dépend aussi de sa contrepartie sociale. Concrètement, un contribuable convaincu paie plus volontiers qu’un contribuable méfiant envers l’État.
Un juriste au cœur de l’administration fiscale
De surcroît, l’auteur exerce lui-même au sein de la Direction générale des impôts du Cameroun. Cette position lui donne un accès rare aux mécanismes internes de l’administration. Ainsi, son analyse combine expérience pratique et réflexion institutionnelle approfondie. Ce quatrième ouvrage prolonge ses travaux antérieurs sur la coopération fiscale internationale, entamés depuis plusieurs années déjà. De ce fait, sa légitimité pour interroger l’équité fiscale semble particulièrement solide. Peu d’auteurs disposent d’un tel accès direct aux réalités administratives quotidiennes. Autrement, un tel diagnostic viendrait probablement d’un observateur extérieur au système. Ainsi, ce regard interne confère un poids particulier à ses conclusions sur l’équité fiscale.
Une responsabilité publique à préciser rapidement
Enfin, l’objectif des 3600 milliards de FCFA reste politiquement assumé par le Cameroun. Mais atteindre ce chiffre sans renforcer l’équité créerait un risque social réel. Ainsi, l’élargissement de l’assiette fiscale doit s’accompagner de garanties concrètes. Ces garanties concerneraient la protection sociale et l’accès aux services essentiels. Car un système fiscal juste protège aussi ceux qui contribuent le moins visiblement. En définitive, cet essai d’Alain Symphorien Ndzana Biloa interroge la vraie priorité de l’État camerounais. Sert-il uniquement le budget, ou aussi ses citoyens les plus fragiles ? Au fond, la réponse à cette question déterminera la solidité durable du système fiscal camerounais.









