En effet, trois groupes bancaires africains préparent leur arrivée à Libreville. Coris Bank International, Bank of Africa et Afriland First Bank ambitionnent une implantation rapide. Ghislain Moandza Mboma, directeur général de l’ANPI-Gabon, analyse ce mouvement inédit lors d’une interview exclusive avec notre confrère Le Corporate.
« Les banques ne s’installent jamais sur un marché par sympathie », affirme Moandza Mboma. Selon lui, ce mouvement traduit une trajectoire économique jugée crédible. Coris Bank International a d’ailleurs confirmé son projet dès février 2026. La banque prévoit désormais une ouverture à Libreville en septembre 2026. Par ailleurs, Bank of Africa, filiale du groupe marocain BMCE, cible plutôt les PME. De même, Afriland First Bank suit une logique régionale déjà éprouvée. Ce groupe est déjà présent au Tchad et au Congo. « C’est un vote de confiance convergent, pas isolé », insiste le directeur général.
Un marché encore très concentré
Cependant, la concentration bancaire gabonaise reste une réalité chiffrée. BGFI Bank et AFG Bank cumulent 68 % des dépôts nationaux. Elles détiennent aussi près de 69 % des crédits accordés à l’économie. Ainsi, huit banques seulement opèrent aujourd’hui sur le marché gabonais. À titre de comparaison, la Côte d’Ivoire en compte 28 et le Cameroun 19. « Il ne faut pas leur prêter cette ambition immédiate », prévient Moandza Mboma à propos des nouveaux venus. Toutefois, ces groupes pourraient cibler des segments actuellement mal desservis. Notamment, Bank of Africa privilégie une stratégie de niche tournée vers les PME. Par conséquent, cette approche évite une confrontation directe avec les leaders historiques.
Le crédit aux PME, un défi persistant
Par ailleurs, les taux d’intérêt restent élevés pour les petits entrepreneurs. Ils oscillent aujourd’hui encore entre 13 % et 15 % en moyenne. « L’arrivée de nouvelles banques est une condition favorable, pas une garantie automatique », nuance le directeur général. Face à ce constat, l’ANPI a signé une convention de 500 millions de FCFA. Ce fonds accompagne les jeunes PME durant leurs trois premières années. De même, la Société de Garantie du Gabon a déjà soutenu 127 entreprises. Elle a ainsi catalysé plus de 16 milliards de FCFA de financements bancaires. En outre, la banque BCEG propose désormais des crédits bonifiés dès 5 %. Selon lui, ce mécanisme montre que le marché sait innover efficacement.
Un cadre réglementaire en pleine mutation
Grâce à l’agrément bancaire unique CEMAC, la donne réglementaire change réellement. Ce mécanisme, entré en vigueur en janvier 2025, simplifie les implantations régionales. Une banque agréée dans un pays membre peut désormais ouvrir ailleurs facilement. Néanmoins, la Commission bancaire de l’Afrique centrale conserve un droit de regard. « La préparation n’est jamais totalement achevée face à une concurrence accrue », reconnaît Moandza Mboma. De plus, la COBAC devra exercer une vigilance prudentielle constante.
Des priorités claires pour l’avenir
Enfin, le directeur général identifie six priorités structurantes pour le pays. D’abord, la promulgation rapide du nouveau Code des investissements. Ensuite, la mise en œuvre de la feuille de route fiscale du HCI. De plus, il faut consolider l’écosystème existant de garantie de crédit. Également, la réforme du crédit-bail doit avancer avec la Société financière internationale. L’ANPI vise ainsi entre 3 et 5 milliards de dollars d’investissements d’ici 2027. L’objectif inclut aussi la formalisation de 50 000 entreprises supplémentaires. « Il faut privilégier des partenariats équilibrés plutôt que des implantations purement extractives », conclut-il fermement.









