Le Gabon vient de déclarer l’état d’urgence hydrique sur l’ensemble du territoire. Une décision rare, prise face à une crise devenue insoutenable pour des milliers de familles. Cinquante-cinq véhicules ont été saisis en une opération éclair, menée sans préavis. Les tarifs de l’eau, eux, chutent brutalement, jusqu’à six fois moins chers qu’auparavant. Derrière cette offensive, un message clair adressé aux trafiquants de la pénurie. Mais aussi une promesse, longtemps attendue, faite à des foyers assoiffés depuis des mois entiers dans la capitale gabonaise.
Le ministre Philippe Tonangoye, en charge de l’Eau et l’Énergie, a dévoilé les motifs de cette action inédite. Selon lui, des agents de la société publique d’eau participaient activement à un trafic organisé et lucratif. Prête-noms, sous-traitance illégale, groupements irréguliers : le montage financier semble particulièrement bien rodé. Résultat, des prix parfois multipliés jusqu’à vingt fois la normale réglementaire. Ainsi, l’eau se vendait à 20 000 FCFA le mètre cube dans certains quartiers populaires très touchés. Par ailleurs, la majorité des véhicules saisis appartiendrait à des ressortissants étrangers. Ce détail oriente déjà le récit officiel vers une prédation venue de l’extérieur, une piste que l’enquête devra confirmer.
L’armée et les pompiers reprennent la distribution en main
Désormais, sapeurs-pompiers, gendarmes et militaires du génie assurent le relais logistique sur le terrain. Un numéro vert, le 18, centralise les commandes pour tout le Grand Libreville. D’autres lignes suivront prochainement, promet-on, sans calendrier réellement précis pour l’instant. Concrètement, le mètre cube livré par cubitainer coûte désormais 3 000 FCFA seulement. Le fût de 200 litres, lui, revient à 600 FCFA. Ces tarifs, fixés par mercuriale officielle, tranchent nettement avec les anciens prix pratiqués. Toutefois, la loi autorise uniquement les agents des forces de l’ordre à percevoir ces sommes.
Des questions logistiques encore sans réponse claire
Cependant, plusieurs zones d’ombre subsistent malgré la fermeté affichée par le gouvernement. D’abord, le blocage initial a précédé de vingt-quatre heures l’annonce officielle du plan. Entretemps, des familles se sont retrouvées totalement démunies, sans eau ni alternative. Ensuite, aucun délai moyen de livraison n’a été communiqué publiquement à ce jour. De même, le nombre exact de camions mobilisés demeure totalement inconnu du public. Or la moitié de la capitale manque d’eau depuis des mois, voire des années entières. Autrement dit, l’afflux d’appels pourrait vite saturer un dispositif encore fragile.
Entreprises locales, la zone grise du dispositif
En outre, le texte n’évoque jamais clairement le sort des acteurs économiques. Hôtels, restaurants, salons de coiffure dépendaient largement des livraisons désormais brutalement interrompues. Peuvent-ils, comme les simples ménages, composer ce fameux numéro vert officiel ? Rien, dans le communiqué ministériel, ne permet vraiment de trancher cette interrogation légitime. Pourtant, pour certains commerces fragiles, l’eau conditionne directement la survie même de l’activité.
Une crédibilité qui se jouera dans les faits
Enfin, une question d’équité traverse silencieusement tout ce dispositif d’urgence. Certains établissements étaient déjà ravitaillés, discrètement, par ces mêmes pompiers auparavant. La frontière entre circuit officiel et anciens arrangements informels demeure donc encore floue. Le ministre promet des ajustements progressifs, au fil des prochaines semaines. C’est précisément là que se jouera la crédibilité réelle de cette réforme. Car une annonce, aussi ferme soit-elle, ne remplace jamais l’eau qui coule vraiment. Comme dans plusieurs capitales africaines confrontées au même défi structurel, la confiance des populations se reconquiert robinet après robinet. Jour après jour, sans discours superflu, elle appelle surtout des résultats concrets, visibles et durables.









