Au sommet Africa Forward, Emmanuel Macron a livré un discours offensif. Il a défendu l’Europe face à la Chine et aux États-Unis. Mais ses mots suffiront-ils à reconquérir un continent qui doute ?
Un discours offensif dans un contexte tendu
Le président français a choisi Nairobi pour frapper fort. Sur la scène internationale, la compétition pour l’Afrique s’intensifie chaque année davantage. Macron a directement visé la Chine, l’accusant d’adopter une logique qu’il qualifie de prédatrice dans l’exploitation des ressources africaines.
Selon le China Africa Research Initiative (CARI, Johns Hopkins University, 2023), la Chine a investi plus de 170 milliards de dollars en prêts africains depuis 2000. Ces financements suscitent des débats croissants sur la souveraineté économique des États récipiendaires. L’économiste Dambisa Moyo (Dead Aid, Farrar Straus & Giroux, 2009) avertissait déjà que certains flux financiers extérieurs fragilisent les économies africaines à long terme.
L’Europe se pose en alternative crédible
Emmanuel Macron a mis en avant les valeurs européennes : multilatéralisme, État de droit et commerce ouvert. Il oppose ce modèle au bras de fer commercial sino-américain qu’il juge irresponsable. Pour lui, l’Europe incarne une troisième voie plus équitable pour l’Afrique.
Cette posture rejoint les analyses de l’économiste français Thomas Piketty (Une brève histoire de l’égalité, Seuil, 2021). Il souligne que les échanges commerciaux équitables restent le meilleur levier de développement durable pour les économies émergentes. L’Union européenne, via le Global Gateway, ambitionne d’investir 300 milliards d’euros dans les pays partenaires d’ici 2027 (Commission européenne, 2021).
La question coloniale, abordée sans détour
Fait notable, Macron a refusé de tout mettre sur le dos du passé colonial. Il a appelé les dirigeants africains à assumer leur part de responsabilité dans les défis actuels. Ces mots, audacieux sur ce continent, risquent de susciter des réactions contrastées.
L’historien Achille Mbembe (Sortir de la grande nuit, La Découverte, 2010) rappelle pourtant que les héritages structurels du colonialisme pèsent encore lourdement sur les trajectoires économiques africaines. Ignorer cette réalité affaiblit toute stratégie de partenariat sincère et durable.
La France cherche un nouveau souffle en Afrique
Ce sommet anglophone révèle une stratégie claire. Après ses revers au Mali, au Burkina Faso et au Niger, Paris pivote vers l’Afrique orientale et australe. Selon le think tank Chatham House (2024), l’influence française en Afrique francophone a reculé de manière significative depuis 2020.
Choisir Nairobi est donc un signal fort. La France veut diversifier ses alliances et dépasser ses zones d’influence historiques. Ce repositionnement diplomatique ressemble à une course contre la montre.
Un pari diplomatique à hauts risques
En définitive, le discours d’Emmanuel Macron soulève autant de questions qu’il n’apporte de réponses. Les mots seuls ne suffisent pas à reconstruire la confiance. L’Afrique attend désormais des actes concrets, cohérents et respectueux de sa souveraineté réelle.
Sources : CARI – Johns Hopkins University (2023), Commission européenne (2021), Moyo (2009), Piketty (2021), Mbembe (2010), Chatham House (2024)









