Le 29 avril 2026, Libreville a accueilli la cérémonie de restitution de l’Enquête nationale sur l’emploi et le chômage (ENEC) 2024. Pour la première fois, le Gabon dispose de données officielles et précises sur la réalité de son marché du travail. Et les chiffres confirment ce que beaucoup pressentaient : la situation est préoccupante.
Le pays compte officiellement 109 733 chômeurs, soit un taux de chômage de 17,4 % de la population active. Un chiffre brut qui, derrière sa précision statistique, révèle des fractures structurelles profondes que les politiques publiques peinent encore à corriger.
Les femmes, grandes perdantes du marché du travail gabonais
Le premier enseignement de l’enquête est aussi le plus inquiétant : les femmes représentent 55 % des chômeurs recensés. Leur taux de chômage atteint 21,4 %, contre 14,1 % pour les hommes, soit un écart de plus de sept points.
Cet écart ne relève pas d’un phénomène conjoncturel ou temporaire. Il traduit une discrimination systémique enracinée dans le fonctionnement même du marché du travail gabonais. Plusieurs facteurs structurels s’accumulent : inégalités d’accès à la formation professionnelle, charges domestiques non reconnues économiquement, et surreprésentation des femmes dans l’emploi informel et précaire.
Tant que les politiques nationales d’emploi ne seront pas explicitement conçues avec une approche genrée — dans leur conception comme dans leur financement, cet écart risque de se creuser plutôt que de se résorber.
Une enquête portée par le ministère du Travail et la Banque mondiale
L’ENEC a été lancée en novembre 2024 par le ministère du Travail du Gabon, avec le soutien financier de la Banque mondiale. Elle se présente officiellement comme un outil de pilotage stratégique, destiné à guider les décisions publiques en matière d’emploi, de formation et d’insertion professionnelle.
La ministre du Travail, Jacqueline Ilogue épouse Bignoumba, a tenu à inscrire cette enquête dans la vision portée par le chef de l’État, celle de « bâtir un Gabon plus inclusif, résilient et digne ». Un discours volontariste, qui contraste cependant avec la réalité que révèlent les données collectées sur le terrain.
Des fractures structurelles que les chiffres rendent visibles
Au-delà du taux global de chômage, l’ENEC met en évidence la profondeur des déséquilibres qui traversent le marché du travail gabonais. Le chômage n’est pas uniformément réparti : il frappe plus durement certaines catégories de population, et en premier lieu les femmes.
Cette photographie statistique est précieuse, car elle permet désormais de cibler les interventions publiques avec davantage de précision. Encore faut-il que la volonté politique suive les données. Les décideurs disposent maintenant d’un diagnostic clair ; la question est de savoir si les réponses apportées seront à la hauteur des inégalités mesurées.
Quel avenir pour l’emploi au Gabon ?
L’ENEC 2024 constitue une avancée méthodologique réelle pour le Gabon. Mais un rapport, aussi rigoureux soit-il, ne crée pas d’emplois. Les prochains mois seront décisifs pour observer si ces données aboutissent à des réformes concrètes, notamment en faveur de l’emploi féminin, ou si elles restent cantonnées aux archives institutionnelles. Le chiffre de 109 733 chômeurs, lui, attend des réponses.








