Montréal met la main à la poche pour faire dialoguer ses maires d’arrondissement. Désormais, chaque rencontre pourrait valoir 700 dollars à la majorité des élus locaux. Une prime annuelle de 7000 dollars se profile ainsi à l’horizon, selon La Presse. Ce dossier financier suscite déjà bien des remous à l’hôtel de ville.
Née il y a plusieurs années, la Table des maires avait sombré dans l’oubli avant son réveil. Soraya Martinez Ferrada l’a relancée dès son élection en novembre dernier. Elle y voyait un pont entre les arrondissements, souvent cloisonnés. Neuf mois plus tard, les élus veulent transformer cet espace de discussion en commission permanente. Une réelle gouvernance transpartisane verrait alors le jour, greffier municipal à l’appui. Cette bascule institutionnelle change toute la donne financière.
Pourquoi la rémunération grimpe soudainement
En effet, la loi autorise une prime pour les élus siégeant dans les onze commissions municipales existantes. Sécurité publique, culture, finances : chaque table pèse dans la balance salariale. Ainsi, la nouvelle commission des maires suivrait ce même chemin. Par ailleurs, dix rencontres annuelles sont prévues sur le calendrier. Le calcul est donc simple à faire.
Un vote décisif avant la fin de l’année

Lundi prochain, les dix-neuf maires d’arrondissement doivent trouver un terrain d’entente. Le conseil municipal tranchera ensuite en novembre, lors d’un vote crucial. L’adoption finale, elle, est attendue pour décembre. La rémunération suivrait immédiatement cette validation politique. Quatre élus resteront toutefois à l’écart de cette manne, plafond salarial oblige. La mairesse elle-même n’y aura pas droit, ayant déjà atteint le sommet de l’échelle. Quinze autres maires, opposition comprise, pourraient en revanche toucher le pactole. La facture totale frôlerait ainsi les 105 000 dollars par an. Ce montant demeure toutefois un plancher minimal selon les estimations actuelles.
La colère gronde chez les cols bleus
De son côté, le syndicat des cols bleus dénonce vertement cette annonce. Nicolas De Ciccio, son président, y voit une drôle de priorité. Des milliers d’employés municipaux négocient toujours leur contrat de travail, rappelle-t-il avec amertume. La Ville plaide pourtant l’absence de moyens financiers face à ces travailleurs. « Le problème, ce n’est pas l’argent, c’est la façon dont il est dépensé », martèle-t-il sans détour. Selon lui, dialoguer entre élus devrait rester un devoir naturel, non une faveur monnayée. Projet Montréal, l’opposition officielle, se montre également prudent face à ce dossier. Couper des services tout en créant une instance coûteuse semble un choix étrange, juge le parti.
Un geste rare selon une experte universitaire
Danielle Pilette, professeure à l’UQAM, qualifie cette prime d’exceptionnelle dans l’histoire récente montréalaise. Cela pourrait compenser l’absence de certains maires dans les commissions les mieux payées, avance-t-elle prudemment. Le sujet demeure toutefois glissant, tant les citoyens surveillent la rémunération de leurs élus locaux. La flambée du coût de la vie exacerbe cette sensibilité collective, note la chercheuse expérimentée. Néanmoins, elle rappelle aussi la forte pression exercée par les élus eux-mêmes sur ce dossier. Ceux-ci réclament des conditions gagnantes pour attirer de futurs candidats de qualité. Entre professionnalisation politique assumée et grogne citoyenne persistante, Montréal navigue ainsi en eaux troubles et incertaines. Le dénouement de ce feuilleton municipal se jouera finalement au conseil municipal de novembre.









