Le Gabon prévoit d’interdire toute importation de poulet de chair dès janvier 2027. Cette mesure suscite désormais une contestation formelle des États-Unis. Washington a en effet officiellement saisi l’Organisation mondiale du commerce à ce sujet. Libreville entend défendre sa politique grâce aux exceptions prévues par l’OMC. La négociation diplomatique constitue également un axe central de cette stratégie. Le Conseil des ministres du 18 septembre 2026 a formellement pris acte de cette démarche.
Réuni à Port-Gentil, le gouvernement doit désormais élaborer une stratégie nationale complète. L’objectif consiste à prévenir tout contentieux commercial avec les partenaires du Gabon. Il s’agit également de préserver durablement les intérêts économiques du pays entier. Le communiqué officiel reste toutefois silencieux sur plusieurs points essentiels du dossier. Ni l’instance de l’OMC saisie ni la date exacte ne sont précisées. Les arguments avancés par Washington demeurent, eux aussi, largement inconnus du public.
Une interdiction programmée depuis 2025
Cette interdiction n’est cependant pas une décision improvisée par les autorités gabonaises. Le gouvernement l’avait déjà annoncée publiquement le 30 mai 2025 dernier. Un délai transitoire de 18 mois avait alors été accordé à la filière. Dès le 1er janvier 2027, l’importation de poulet de chair sera donc interdite. Cette politique s’inscrit dans le développement de la production avicole nationale. Le marché local demeure pourtant très fortement dépendant des importations étrangères actuelles.
Selon des données de la FAO, la situation reste particulièrement préoccupante pour le pays. Entre 2020 et 2024, le Gabon a importé 74 319 tonnes annuelles. La production locale, elle, plafonnait à seulement 4 150 tonnes par an. La facture des importations atteignait ainsi 104 millions de dollars en 2024. Ce chiffre provient d’une estimation publiée par African Leadership Magazine récemment. L’écart entre production et consommation demeure donc considérable pour la filière avicole.
Le Sénégal, modèle d’une filière avicole relancée
Pour combler ce retard important, les autorités gabonaises cherchent des modèles inspirants ailleurs sur le continent. Une mission ministérielle gabonaise s’est ainsi rendue à Dakar en mars 2026. Elle a étudié de près l’expérience sénégalaise en matière de structuration avicole. Le Sénégal constitue en effet une référence régulièrement citée par Libreville. Ce pays a interdit ses importations de poulet dès 2005. Sa production locale s’est ensuite développée au fil des années suivantes.
Dès décembre 2025, le ministère gabonais de l’Agriculture avait déjà bien anticipé cette transition importante. La préparation active de la filière figurait clairement parmi ses priorités nationales affichées. Le Groupement d’intérêt avicole participe activement à cette structuration nationale en cours. L’expérience sénégalaise inspire donc directement la stratégie gouvernementale actuellement déployée. Les autorités espèrent ainsi éviter certains écueils rencontrés autrefois par Dakar. Ce transfert d’expérience volontaire reste central dans la démarche gabonaise actuelle.
Un dossier financier qui complique la position du Gabon
Le Conseil des ministres a également évoqué la délicate situation financière du Gabon. Le pays accuse des arriérés de 228 997 francs suisses envers l’OMC. Cette somme équivaut approximativement à environ 164 millions de francs CFA. Ces impayés restreignent désormais l’accès de la mission gabonaise aux documents. Les règles de l’OMC prévoient effectivement des mesures pour les arriérés anciens. Un plan de paiement adapté pourrait toutefois permettre de suspendre durablement ces sanctions.
Ces deux dossiers s’inscrivent dans un même contexte institutionnel. D’un côté, Libreville prépare la défense de sa politique avicole face aux préoccupations américaines. De l’autre, il doit régulariser ses arriérés auprès de l’OMC. À trois mois de l’échéance, plusieurs paramètres restent encore à préciser clairement.









