En un an, Immigration Canada a ainsi refusé les dossiers de 195 diplômés français. La raison invoquée reste un test linguistique jamais transmis. Or, ce document existait bel et bien chez la plupart des candidats. Des instructions particulièrement confuses sur le site du ministère expliquent cette situation. L’Association québécoise des avocats en droit de l’immigration dénonce d’ailleurs un cafouillis administratif. Pour Me Yves Martineau, coprésident de l’AQAADI, ce non-sens administratif interpelle fortement.
Ces candidats détiennent un permis d’études postdiplôme obtenu au Canada. Ils ambitionnent de travailler dans des secteurs jugés prioritaires par le gouvernement. La santé, le transport, l’éducation, l’agriculture et l’ingénierie figurent parmi ces domaines ciblés. Depuis le 1er novembre 2024, un test de langue devient obligatoire pour ce permis. Cette exigence s’applique désormais peu importe le pays d’origine du demandeur. Sa langue maternelle n’entre donc plus en ligne de compte dans l’évaluation.
Un document manquant, mais souvent déjà en leur possession
Jusqu’à récemment, aucun bouton ne permettait de téléverser ce fameux test linguistique. Le site indique pourtant encore que ce document demeure facultatif pour le dossier. Cette formulation ambiguë a manifestement induit de très nombreux candidats en erreur. La confusion touche également la version anglaise du même site gouvernemental. Plusieurs demandeurs ont donc cru, à tort, ne rien devoir fournir. Résultat : leur dossier complet a néanmoins été rejeté pour un seul document absent.
Or, une part importante de ces candidats possédait réellement les compétences linguistiques requises. Une simple erreur administrative explique donc l’essentiel de ces refus. Me Martineau souhaiterait ainsi voir le ministère aviser plutôt que refuser d’emblée. Il déplore ainsi des conséquences humaines, sociales et économiques largement disproportionnées. Sur les 195 dossiers français rejetés, 165 l’ont été entre janvier et mai. Les délais de traitement, proches de neuf longs mois, expliquent en partie ce calendrier.
Le cas de Lucie Cézar, symbole d’un système défaillant
Lucie Cézar, infirmière auxiliaire diplômée au Québec, a vécu cette situation directement. Son permis de travail lui a été refusé fin juillet dernier. Le motif invoqué demeurait un test de français jugé manquant. Son mari, inscrit sur le même dossier, s’est retrouvé bloqué également. Ni l’un ni l’autre ne pouvait alors légalement travailler sur le territoire canadien. Les candidats disposent ainsi de 180 jours après leur diplôme pour déposer leur demande officielle.
Craignant que sa contestation échoue, elle a préféré déposer une nouvelle demande. Elle voulait ainsi sécuriser sa situation plutôt que d’attendre passivement une décision. Ce sentiment de trahison, confie-t-elle, contraste avec des années de règles respectées. Sa contestation a finalement abouti et son nouveau permis est arrivé fin août. Elle aura donc cessé de travailler durant plus d’un mois complet. Elle réclame désormais le remboursement complet des 1 600 dollars dépensés inutilement.
Immigration Canada évoque un taux de refus de 5 %
De son côté, Immigration Canada avance un taux de refus proche de 5 %. Entre janvier et mai 2026, le ministère a traité 221 315 demandes. Il en a approuvé 205 280, selon les chiffres officiels communiqués récemment. L’absence de preuve requise peut entraîner, selon lui, un refus légitime. Le ministère rappelle néanmoins que la responsabilité du dossier incombe au demandeur. Un agent peut, selon les circonstances, réclamer des documents supplémentaires avant refus.
Interrogé sur un éventuel avis préalable, le ministère évoque une possibilité, non une obligation stricte. Un agent peut, selon les circonstances, contacter le demandeur pour obtenir des précisions. Trois semaines après ces échanges, le site officiel demeure pourtant inchangé sur ce point précis et sensible.
Source Radio Canada









