Le patronat du Cameroun a tenu jeudi sa deuxième rentrée économique au siège du GECAM, à Douala. Cette rencontre a mis en lumière une crise électrique persistante et préoccupante. Elle a aussi révélé un effondrement inquiétant des investissements publics du pays.
Le président du GECAM, Célestin Tawamba, a dressé un bilan préoccupant de la conjoncture. Selon lui, l’approvisionnement en électricité demeure le principal obstacle à la compétitivité industrielle. Pourtant, plusieurs infrastructures majeures ont été mises en service, dont le barrage de Nachtigal. Malgré cela, le déficit énergétique continue d’étouffer le secteur privé. Ainsi, 65 % des entreprises membres du groupement doivent recourir à des groupes électrogènes. Cette énergie de secours coûte plus cher que le réseau public. Elle réduit lourdement les marges bénéficiaires, avec un impact direct sur la production industrielle.
Dans certaines régions, le secteur industriel subit des coupures pouvant atteindre dix heures quotidiennes. Plusieurs fleurons industriels ont même suspendu leur production, faute de puissance disponible. Les échanges avec le ministère de l’Eau et de l’Énergie ont éclairé les causes structurelles de cette crise. Une hydrologie défavorable et une forte congestion du réseau de transport figurent parmi les facteurs identifiés. S’y ajoute un déséquilibre financier chronique, marqué par un déficit mensuel récurrent chez Eneo. Ces éléments combinés freinent la capacité du pays à répondre à la demande industrielle en énergie.
Des indicateurs macroéconomiques dans le rouge
Au-delà de l’électricité, la rentrée patronale a révélé des indicateurs macroéconomiques alarmants pour 2025-2026. À la fin du premier trimestre 2026, les dépenses d’investissement de l’État se sont effondrées de 74,4 %. Elles sont ainsi tombées à 45 milliards de francs CFA, contre 175,5 milliards l’année précédente. Le taux d’exécution des crédits d’investissement s’est limité à 2,2 %, un niveau jugé critique. Par ailleurs, la croissance économique globale s’établit à un niveau modeste de 3,5 % pour 2025. Le secteur primaire, notamment l’agriculture d’exportation, a subi un net coup d’arrêt.
En dix ans, la structure du budget national a nettement basculé vers les dépenses de fonctionnement. Cette évolution résulte notamment de choix budgétaires répétés sur plusieurs exercices. Celles-ci représentent désormais 79,2 % du budget public en 2026. À l’inverse, l’investissement ne pèse plus que 20,8 % des dépenses totales de l’État. Ce déséquilibre s’est fait au détriment direct des infrastructures économiques du pays. Pour le patronat, ce modèle économique atteint désormais un véritable bout de souffle. Les entreprises réclament donc une inversion rapide et durable de cette tendance budgétaire préoccupante.
Le GECAM réclame des réformes pour 2027
Face à ce constat, le patronat du Cameroun refuse de se limiter à de simples observations. Il exige des réformes budgétaires concrètes en vue de la loi de finances 2027. Cette exigence traduit une volonté nette de rupture. Le GECAM formule notamment une demande centrale pour cette préparation budgétaire annuelle. Il souhaite que les dépenses d’investissement progressent enfin plus vite que celles de fonctionnement. Le patronat réclame également une véritable stabilité énergétique pour les années à venir. Il attend une feuille de route contraignante pour le refinancement du secteur électrique national.
Cette feuille de route devrait inclure la modernisation des réseaux de transport gérés par la Sonatrel. Elle devrait également prévoir une lutte renforcée et continue contre les fraudes touchant le réseau électrique. Ces dernières font perdre chaque année environ 60 milliards de francs CFA au secteur. Enfin, le patronat du Cameroun réclame l’utilisation rapide des fonds d’emprunt déjà disponibles. Ces fonds permettraient de réhabiliter le réseau routier et de bitumer les axes logistiques majeurs. Cette transformation demeure indispensable à la stratégie nationale de développement inscrite dans la SND30, jugée prioritaire par tous.









