Le Rwanda et le Gabon viennent d’ouvrir un nouveau front de coopération économique et stratégique. Depuis le 30 juillet 2026, les deux pays discutent d’un accès des investisseurs rwandais aux terres agricoles gabonaises. Ainsi, Kigali espère y développer l’élevage et l’agriculture à grande échelle. Ce rapprochement illustre une tendance continentale : les capitaux africains investissent de plus en plus chez leurs voisins. Le continent devient peu à peu son propre grenier. En Afrique, ce type d’accord foncier reste souvent délicat, tant les terres arables représentent une ressource stratégique et convoitée. D’ailleurs, plusieurs États africains nouent des partenariats agricoles similaires.
Par le journaliste Roland Olouba Oyabi
L’ambassadeur gabonais à Kigali, le Dr Sylver Aboubakar Minko-Mi-Nsemé, a rencontré les entrepreneurs du KT Hub. Cette plateforme rassemble des sociétés agricoles rwandaises influentes. Or, ce partenariat dépasse la simple location de terres. Il repose sur un véritable transfert de savoir-faire technologique. Le Rwanda apporte déjà son expertise en insémination animale et en santé végétale. En retour, le Gabon partage ses compétences en pêche et en valorisation halieutique. Des experts circulent déjà entre les deux capitales, comme des abeilles butinant les meilleures pratiques agricoles. Ces échanges techniques ont déjà démarré, notamment autour de projets d’élevage de volailles porteurs d’emplois locaux.
Le Gabon, un marché stratégique pour l’Afrique centrale
Pour le secteur privé rwandais, le Gabon représente un marché à conquérir. Théoneste Kabahizi, directeur général de KT Hub, souligne une importante dépendance gabonaise aux importations alimentaires. Par conséquent, l’enjeu économique dépasse largement l’agriculture traditionnelle. Il s’agit de réduire une lourde facture d’importations. En ouvrant ses terres, le Gabon espère attirer des capitaux frais. Cette stratégie viserait à consolider sa sécurité alimentaire nationale. Pour le Rwanda, c’est une occasion d’étendre son empreinte économique en Afrique centrale. Selon les responsables rwandais, une production locale renforcée pourrait alléger sensiblement la facture annuelle d’importations alimentaires du pays. Ce pari séduit des investisseurs en quête de nouveaux marchés.
L’agriculture rwandaise, un modèle économique qui pèse lourd
Au Rwanda, l’agriculture pèse près de 25 % du produit intérieur brut. Elle emploie également environ 60 % de la population active. Ce secteur, longtemps dominé par de petits exploitants, transforme profondément son modèle. Malgré un relief montagneux escarpé, il évolue vers une agriculture mécanisée et résiliente. Cette mutation impressionnante inspire aujourd’hui plusieurs partenaires économiques régionaux et internationaux. Ce modèle rwandais, longtemps agraire, s’appuie désormais sur la mécanisation et l’innovation technologique. Les rendements agricoles rwandais ont ainsi nettement progressé ces dernières années.
Une synergie qui pourrait redessiner la carte agricole régionale
Ce modèle rwandais pourrait ainsi devenir une boussole pour le Gabon. Ensemble, les deux pays espèrent transformer leurs complémentarités en croissance partagée. Ce rapprochement économique dépasse largement les frontières bilatérales. Il questionne également l’avenir de la souveraineté alimentaire en Afrique centrale. Reste à savoir si ces ambitions résisteront à l’épreuve du terrain. Un tel maillage économique pourrait, à terme, renforcer la résilience alimentaire de toute la sous-région CEMAC.









