Éthiopie : Abiy Ahmed remporte 90 % des sièges aux législatives dans un scrutin sous tension
Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed sort renforcé des urnes. Son Parti de la prospérité (PP) a raflé 438 des 486 sièges disputés à la Chambre des représentants du peuple, selon les résultats officiels publiés dimanche. Ainsi, le PP contrôle désormais environ 90 % du parlement fédéral. Ce résultat plonge l’Éthiopie, nation de 130 millions d’habitants, dans un débat intense sur l’avenir de sa démocratie.
Une victoire annoncée face à une opposition fantôme
Dès le départ, l’issue du scrutin ne faisait guère de doute. En effet, l’opposition demeurait profondément divisée et absente dans de nombreuses circonscriptions. Le principal parti adverse, Ezema, n’avait présenté que 293 candidats contre 461 pour le PP. De surcroît, dans 64 circonscriptions, le Parti de la prospérité évoluait sans adversaire déclaré. Comme un coureur seul sur sa piste, il n’avait qu’à franchir la ligne. Par conséquent, environ 40 millions d’électeurs — sur 54 millions d’inscrits — ont voté dans un contexte de compétition très inégale.
Trois régions à feu et à sang pendant le vote
Cependant, derrière les chiffres du triomphe se cache une réalité sécuritaire alarmante. Premièrement, le nord du Tigré, encore meurtri par une guerre qui a fauché 600 000 vies entre 2020 et 2022, n’a pas participé au scrutin. Deuxièmement, en région Amhara, les milices nationalistes du Fano ont semé la violence dans huit circonscriptions. Selon l’ACLED, ces combattants ont déclenché au moins 90 affrontements avec les forces fédérales le jour même du vote. Troisièmement, en Oromia, l’Armée de libération oromo a attaqué des civils dans le district d’Arsi, causant la mort d’au moins onze personnes.
Abiy Ahmed : du Nobel de la paix à l’autoritarisme assumé
Néanmoins, le parcours politique d’Abiy Ahmed reste l’un des plus paradoxaux de l’Afrique contemporaine. Arrivé au pouvoir en 2018, il avait alors incarné l’espoir d’une Éthiopie réconciliée. Il avait même décroché le prix Nobel de la paix pour avoir normalisé les relations avec l’Érythrée voisine. Or, depuis lors, ses détracteurs l’accusent d’un glissement autoritaire progressif. Désormais, l’Union africaine elle-même reconnaît que le scrutin s’est tenu dans un environnement sécuritaire très difficile.
Un parlement acquis, mais une économie fragile
Au-delà du résultat électoral, la réalité économique éthiopienne reste préoccupante. D’une part, Abiy peut se targuer d’une croissance soutenue, portée notamment par un boom de la construction d’État et par l’essor des exportations de café. D’autre part, la Banque mondiale rappelle que 43 % de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. Autrement dit, la prospérité que promet le nom même de son parti peine à irriguer les couches les plus vulnérables. Parallèlement, le pays reste fortement dépendant de l’aide internationale pour équilibrer ses comptes.
La démocratie éthiopienne, un mythe qui s’effrite ?
En définitive, cette élection soulève une question fondamentale que beaucoup d’observateurs se posent. L’Éthiopie a-t-elle jamais organisé un scrutin véritablement libre et équitable ? Ses détracteurs répondent par la négative. Aussi, le prochain vote parlementaire pour désigner le Premier ministre, attendu entre septembre et octobre, ressemblera davantage à une formalité qu’à un vrai choix démocratique. Tel un théâtre dont le dénouement est écrit d’avance, la scène politique éthiopienne attend un metteur en scène capable de bousculer le scénario.









