Des Américains venaient tout juste de devenir Canadiens. Ils regardaient des maisons en Ontario. Ils planifiaient des voyages, organisaient même des fêtes familiales. Désormais, ce rêve vacille brutalement sous leurs yeux. « On a un voyage de planifié au Canada. J’ai même reçu mon passeport canadien », s’étonne Jennifer Pedro. Pourtant, Ottawa vient de faire volte-face dans plusieurs dossiers, sans avertissement préalable. Le sol s’est dérobé sous leurs pieds.
La loi C-3, une porte grande ouverte sur le passé
Au cours des derniers mois, de nombreux Américains ont reçu leur certificat de citoyenneté canadienne. Cette reconnaissance découle de la loi C-3, qui permet d’obtenir la nationalité par filiation. Aucune limite de génération ne s’applique à cette filière migratoire. Ainsi, des millions d’Américains pourraient théoriquement être admissibles. En effet, les grandes vagues migratoires canadiennes vers les États-Unis ont laissé d’innombrables descendants éligibles.
Une lettre froide qui sème le doute
Samedi, plusieurs personnes reçoivent la même lettre type, demandant le retour du certificat. IRCC affirme qu’un « nombre limité » de gens l’ont reçue. Toutefois, l’organisme refuse de préciser davantage l’ampleur réelle de l’affaire. Jennifer Pedro croit d’abord à une arnaque grossière. En effet, le gouvernement venait pourtant de reconnaître sa filiation québécoise fin avril. Son mari et ses enfants, eux, échappent étrangement à cette suspension soudaine.
Des familles meurtries par le soupçon administratif
La lettre, non personnalisée, évoque des documents qui pourraient ne pas être « de source originale ». Par conséquent, Rana Charron, une Américaine de l’Ohio, se sent profondément blessée. « Tu ne peux pas juste m’envoyer une lettre qui insinue que j’ai essayé de frauder le gouvernement », déplore-t-elle. Pourtant, elle avait retracé son ascendance québécoise grâce à des documents remontant à 1871. C’est très décevant et émotif, confie-t-elle, la voix lourde de déception.
Une attente incertaine, des réponses floues
Désormais, Rana Charron redoute une attente interminable, peut-être une année entière. « Je m’attends à une longue attente avant d’avoir des nouvelles », se désole-t-elle. De son côté, IRCC se défend fermement d’avoir reculé dans ces dossiers sensibles. « Il s’agit d’une mesure de protection nécessaire et importante », justifie l’organisme dans un courriel non signé. Néanmoins, chaque personne concernée pourra fournir des documents supplémentaires. Si l’examen confirme l’admissibilité, le certificat sera restitué. Finalement, entre promesse administrative et angoisse humaine, le fossé reste béant pour ces familles suspendues entre deux nations.
Source Journal de Montréal









