Le Somaliland a célébré lundi ses 35 ans de sécession unilatérale d’avec la Somalie. Cette fête nationale intervient dans un contexte géopolitique particulièrement tendu. Israël est devenu fin décembre la première nation à reconnaître officiellement ce territoire. Ainsi, Hargeisa, la capitale, a vécu des célébrations empreintes d’une joie immense et visible. Pourtant, cet enthousiasme ne fait pas l’unanimité au sein même du territoire. La reconnaissance israélienne divise profondément la société somalilandaise conservatrice et musulmane.
En parallèle, Mogadiscio maintient fermement sa position souveraine sur ce territoire. La Somalie refuse de reconnaître cette sécession vieille de trois décennies. La communauté internationale craint qu’une telle reconnaissance n’encourage d’autres mouvements indépendantistes dans le monde. Autrement dit, les États-Unis, les Émirats arabes unis et l’Éthiopie n’ont pas encore emboîté le pas à Israël. L’espoir d’une reconnaissance en chaîne reste pour l’instant sans lendemain. Le Somaliland dispose pourtant d’atouts stratégiques indéniables dans le golfe d’Aden.
Fractures internes : clans, territoires disputés et voix discordantes
En effet, ce territoire grand comme un tiers de la France connaît de profondes divisions claniques. La région occidentale de l’Awdal, frontalière de Djibouti, conteste ouvertement le gouvernement d’Hargeisa. Des manifestants y ont défilé contre la reconnaissance israélienne fin décembre dernier. De plus, la Somalie a créé l’an passé une nouvelle entité administrative appelée État du Nord-Est. Cette entité englobe les régions de Sool, Sanaag et Cayn, en rébellion active contre Hargeisa. En 2023, l’armée somalilandaise a bombardé des zones civiles à Las Anod, causant des milliers de victimes.
Par ailleurs, des voix discordantes s’élèvent au cœur même du Somaliland. Des chefs religieux ont été arrêtés pour des sermons condamnant les liens diplomatiques avec Israël. Des jeunes ont été interpellés pour avoir brandi des drapeaux palestiniens dans les rues. Ainsi, le député Ahmed Ali Shire avertit que le conflit pourrait reprendre à tout moment. La remise d’une carte israélienne incluant les régions disputées a exacerbé ces craintes. « À ce moment-là, nous n’avons plus eu de doute que la guerre est imminente », déclare-t-il.
Menaces des Houthis et présence militaire israélienne : une équation explosive
En outre, les groupes islamistes observent attentivement cette alliance israélo-somalilandaise. Les Houthis du Yémen ont affirmé que toute présence israélienne constituerait une cible militaire. Ces menaces effraient une large partie de la population somalilandaise. De plus, un ancien général israélien a récemment confirmé qu’Israël construisait des infrastructures sur ce territoire. « Nous avons une base maintenant, un endroit duquel nous pouvons agir » face aux Houthis, a-t-il déclaré. Ces propos ont alimenté les inquiétudes des habitants les plus vulnérables.
Finalement, le Somaliland se retrouve prisonnier d’une équation géopolitique complexe et dangereuse. La reconnaissance internationale tant espérée arrive chargée de risques concrets. Amina Guhad, présidente de l’association des femmes de l’État du Nord-Est, résume bien la situation. « Peut-être que les Israéliens pensent pouvoir aider le Somaliland par la force », dit-elle. Mais chaque peuple défend ses terres légitimes, ajoute-t-elle avec conviction. La joie des 35 ans d’indépendance se teinte désormais d’une inquiétude profonde et partagée.









